MEDIAS - De nouvelles techniques d'enquêtes voient le jour, de plus en plus participatives...
Sur le Net, le journalisme a changé. Parmi les principaux bouleversements, la relation entre journalistes et lecteurs. Jusqu’alors, c’était par courrier que les lecteurs commentaient ce qu’ils lisaient. Pour ce faire, il leur fallait sortir une lettre, un stylo, écrire, puis mettre un timbre et poster l’enveloppe. Laquelle arrivait plusieurs jours plus tard. Sur la Toile, réagir à un article est quasiment instantané. Un clic et hop, les internautes voient leur commentaire s’afficher sous l’article écrit par le journaliste, et ce, aux yeux de tous. Conséquence: les journalistes, longtemps planqués dans leur tour d’ivoire, sont tombés de leur piédestal. En ligne, leurs écrits sont débattus, disséqués et parfois même, amendés. Désormais, le défi est d’intégrer la plus value apportée par ces lecteurs/internautes.
Le site collaboratif Agoravox publie ainsi, ce mercredi 26 septembre, sa
première «enquête participative» (sur les vaccinations) à partir de questions posées par les internautes eux-mêmes. «Nous avons voulu nous servir des connaissances de notre vivier d’internautes, expliquent Carlo Revelli et Jean-Luc Martin-Lagardette, responsables du projet. Nous sommes en effet persuadés que chaque citoyen est potentiellement capable d’identifier des informations originales ne bénéficiant pas toujours de couverture médiatique».
Une inversion de la pyramide traditionnelle, donc, où, souvent, l’information va du journaliste vers l’audience. Cette fois, c’est l’inverse, le journaliste servant à vérifier les informations collectées auprès de l’audience et à les synthétiser. Jean-Luc Martin-Lagardette enfonce le clou: «un journaliste spécialisé est parfois trop proche de ses sources. Là, en faisant appel aux internautes pour une enquête, on remet tout à plat.»
Le mélange entre journalismes amateur et professionnel a déjà fait l’objet d’autres initiatives dans le monde. En 2006, le site
Zero.newassignment a construit ces enquêtes en mettant à jour chaque étape du processus. Dans une
sorte de pupitre virtuel s’affichaient la liste des tâches à effectuer pour laquelle chaque internaute pouvait se proposer: ici, l’interview d’un tel, ailleurs, la collecte des coordonnées d’un autre, là, la rédaction de l’article.
Croiser les sources, telle est l’une des règles du métier journalistique. En croisant les sources à plusieurs, le résultat sera-t-il meilleur? C’est en tout cas le pari que fait
Agoravox. Quant à Zero.newassignment, il a déjà publié 80 enquêtes sur ce modèle. Avant de fermer sur un
«constat d'échec hautement satisfaisant».
Alice Antheaume