Pourquoi la France est-elle aussi mal classée dans le classement pour la liberté de presse de RSF ?

RAPPORT Peut-on encore informer en France ? Le pays voisine la Pologne (47e) ou la Roumanie (49e) dans le dernier classement de la liberté de la presse 2016. «20 Minutes» s'est demandé pourquoi le pays obtient tel rang...

B.T.

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Dans le classement 2016 sur la liberté de la presse dans le Monde, la France pointe à la 45e place.

Dans le classement 2016 sur la liberté de la presse dans le Monde, la France pointe à la 45e place. — RSF/OpenStreetMap

Avec son 45e rang, la France n’est pas encore le pire pays d’Europe pour exercer le métier de journaliste. La Bulgarie (113e) ou la Bulgarie (118e) s’illustrent par des médias contrôlés par l’Etat, des hommes politiques et des groupes d’intérêts. Mais selon Reporters sans frontières, la liberté de la presse en France a chuté de sept places en un an. Une situation inquiétante, mais le pays avait déjà été classé 43e en 2009 ou 35e en 2006. Il est aujourd’hui encadré par Trinité-et-Tobago (44e) et Malte (46e).

L’attentat contre Charlie Hebdo

Pour comprendre l’évolution du classement, il faut se pencher sur les indicateurs sur lesquels il repose. « L’un des sept indicateurs que nous utilisons est celui des exactions. Les attentats contre Charlie Hebdo ont eu une influence », décrypte Christophe Deloire, secrétaire général de RSF. Le 7 janvier 2015 au matin, huit journalistes de l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo étaient abattus par les frères Chérif et Saïd Kouachi. Pour l’association : « l’Europe est aussi victime des démons du monde. »

A lire : Attaque à «Charlie Hebdo», qui sont les douze victimes de la tuerie?


La mainmise des financiers sur les groupes média

Dans sa note sur la situation européenne, Reporters sans frontières explique en effet : « une poignée d’hommes d’affaires ayant des intérêts extérieurs au champ des médias finissent par posséder la grande majorité des médias privés à vocation nationale. » L’ONG fait notamment référence à la prise de contrôle de Vivendi et de ses chaînes par l’industriel breton Vincent Bolloré. Dans une interview, en février, au site Arrêt sur Images, le journaliste de l’émission de Canal +, Spécial Investigation, a ainsi expliqué que des sujets comme « Volkswagen, entreprise de tous les scandales », « Le monde selon Youtube », « François Homeland » (une enquête sur le président et les guerres), « Attentats : les dysfonctionnements des services de renseignement », « Les placards dorés de la République » (sur les emplois fictifs dans la haute fonction publique), « La répression made in France » (sur comment la France exporte des matraques électriques, et autres outils de répression, à des régimes pas toujours recommandables), et enfin, « Nutella, les tartines de la discorde », ont été refusés par la nouvelle direction installée par Vincent Bolloré.

La concentration des médias ? Pas un probléme

L’année 2015 a également été marquée par la prise de contrôle du Parisien par le groupe de Bernard Arnault, LVMH, spécialisé dans l’industrie du luxe. Christophe Deloire analyse. Ce n’est pas tant la concentration dans les médias qui est mise en cause, mais les conséquences. « La concentration n’est pas forcément un problème. Des pays de fortes concentrations comme les Pays-Bas ou la Norvège ont des médias très indépendants, relève Christophe Deloire. En France, il y a des conflits d’intérêts plus grands qu’ailleurs. Par exemple, le cas des propriétaires de médias dont la seule activité n’est pas l’information. C’est de nature à abaisser la France par rapport à des pays comme l’Allemagne (16e) où les grands groupes de médias ne font que ça. »