Marie-Françoise Lévy
Historienne et co-auteur de La Télévision des trente glorieuses.
La télévision des trente glorieuses (1945-1973) est souvent présentée
comme un âge d'or.
Mythe ou réalité ?
La télévision des trente glorieuses fait désormais partie du patrimoine culturel. Une émission comme « Cinq colonnes à la Une » a fait date dans l'histoire du grand reportage. Mais, surtout, cette télévision de l'après-guerre était pensée comme un outil de la reconstruction de l'unité nationale et de la démocratie. Elle participait de l'égalité entre les hommes, devait diffuser la culture dans toutes les classes : « distraire, informer, instruire. » Dans ce sens, c'est une période fondatrice.
Avec des aspects moins glorieux,
la censure par exemple...
La vision d'une censure sans faille serait caricaturale, même si certaines émissions étaient des productions gouvernementales. Au-delà, on mettait en avant des comportements normatifs. Prenez un feuilleton comme « Le temps des copains » qui narrait les aventures de jeunes gens montés à Paris. C'était à la fois une fiction distrayante et un exemple pour la jeunesse. On y montrait les pièges de la ville, la valeur de l'entraide... Publique, potentiellement vue par tous, la télévision devait promouvoir des valeurs sociales.
Votre livre détaille un aspect méconnu de l'aventure : les télés-clubs, catholiques
ou issus de l'éducation populaire...
Ces clubs ont joué un grand rôle dans la construction du public. Dans les premiers temps, la télévision était un spectacle collectif : on la regardait à l'école, chez le voisin... Mais, très vite, elle est devenue familiale. Ces clubs avaient pour vocation d'éduquer le téléspectateur, de l'aider à faire ses choix. Télérama est issu de cette mouvance...
Que reste-t-il de cette époque ?
On pourrait penser que la télévision est aujourd'hui entièrement commerciale, mais c'est inexact. Il y a cohabitation, y compris au sein des chaînes. La diffusion de la série « Maupassant » sur France 2 est tout à fait dans cet esprit. Ce que je trouve frappant en cette rentrée, c'est l'accent mis sur la création originale, notamment dans la fiction. Ces enjeux entre culture et contraintes économiques nourrissent un débat qui affleurait déjà dans les années 1965.