Chabalisée. La horde médiatique - 20 Minutes compris (lire page 18) - ne résiste guère plus que les Namibiens aux courses chevelues de la nouvelle star, qui joue ce soir face à l'Irlande.
En deux matchs, dont un passé à 75 % sur le banc de touche, Sébastien Chabal, deuxième ligne du XV de France, a cannibalisé la presse. Libération lui a consacré 44 articles, Le Monde 25 et L'Equipe 124. Même le New Zealand Herald a tartiné 124 papiers sur celui que les médias kiwis surnomment « Cave Man » (« l'homme des cavernes »). « Souvent, les médias jettent leur dévolu sur des artistes comme Frédéric Michalak. Et voilà qu'est arrivé ce phénomène physique et visuel. Chabal s'est créé un look, mais ce sont les journalistes qui en jouent. Pas lui ! », s'amuse Pierre Albaladejo, consultant sur Europe 1. Il faut dire que le barbu explose l'écran, en plus d'une ou deux mâchoires au détour d'une charge. « C'est l'homme qui rentre en cours de match pour tout casser ! Il a une gueule, et le rugby a besoin de héros », sourit Jean-Marc L'Hénoret, chef de l'équipe des réalisateurs de TF1. Alors la Une multiplie les plans de coupe, enchaîne les ralentis sauvages et scrute le héros, même inactif. « On n'a pas reçu de consignes particulières, jure L'Hénoret. Mais il y a une telle demande : dès qu'il apparaît sur le grand écran du stade, une rumeur monte dans les gradins, on entend ouh, ouh ! ».
Le barbu de l'ovalie excite. Et amuse, comme dans sa version latex. Car le joueur le plus surnommé de la presse - « l'Anesthésiste » pour Ouest France, « Destroy man » pour L'Humanité - a sa marionnette aux « Guignols ». « On l'a sorti le 9 mars, précise Yves le Rolland, producteur de l'émission. Il nous fallait un rugbyman emblématique, avec une tronche facilement reconnaissable : lui tout craché ! » Les magazines people semblent pourtant bouder la Chabalmania. A part Public, aucun d'entre eux ne s'épanche sur lui cette semaine. « C'est juste qu'entre la mort de Jacques Martin et de Pavarotti, on n'a pas eu la place. Mais un sujet est en cours », rassure la rédactrice en chef d'un hebdo. Ouf, et tant pis si l'intéressé est « agacé » par cette hypermédiatisation, selon un journaliste sportif. Gladiator se consolera en convertissant l'appétit des médias en euros : pour une campagne de pub télé, il exige 200 000 eur.