Le journal satirique «Charlie Hebdo» en kiosque.
Le journal satirique «Charlie Hebdo» en kiosque. - ALLILI/SIPA

Un an après le terrible attentat qui a décimé sa rédaction, Charlie Hebdo est toujours debout. Le journal satirique a connu une année très mouvementée mais a tenu bon grâce à la détermination extraordinaire de ses survivants, qui ont immédiatement repris la plume après le drame malgré le traumatisme, sans oublier le soutien massif du public (dons, abonnements, achats au numéro). Malgré tout, l’hebdomadaire pourra-t-il tenir le rythme encore longtemps ?

100.000 exemplaires vendus en kiosque et 180.000 abonnements

Charlie Hebdo vient de publier un numéro spécial tiré à un million d’exemplaires pour commémorer le massacre qui l’a endeuillé le 7 janvier 2015. Juste avant cette parution anniversaire, le journal bénéficiait toujours d’une diffusion exceptionnelle : 100.000 exemplaires écoulés chaque semaine en kiosque (à 3 euros le numéro) et 180.000 abonnements.

En novembre 2014, Charb, alors directeur de la publication du journal, expliquait qu’il fallait « écouler 35.000 [exemplaires] pour être à l’équilibre ». Aujourd’hui, Charlie Hebdo, dont le fonctionnement nécessite très peu de frais fixes, dispose donc largement de fonds pour assurer encore sa parution, même si l’intégralité des dons a été reversée aux familles des victimes.

Niveau finances, « pas de souci à se faire à court terme »

« En termes de modèle économique, ils n’ont pas de souci à se faire à court terme », confirme à 20 Minutes Jean-Marie Charon, sociologue spécialiste des médias. « Mais est-ce qu’il va y avoir une reconduction significative des abonnements bientôt et est-ce que les ventes en kiosques vont se maintenir ? Est-ce que le soutien a toujours envie de s’exprimer ? » se demande-t-il, avant d’ajouter : « J’imagine que Charlie n’a pas les structures pour encadrer les relances et les appels téléphoniques pour les abonnements. »

Jean-Marie Charon souligne toutefois : « Un facteur contribue à ce que la diffusion de Charlie Hebdo se maintienne : les attentats en France et ailleurs dans le monde, hélas. On a un contexte de tension extrême qui joue en faveur de Charlie Hebdo. » L’attention médiatique portée de nouveau sur le journal satirique cette semaine pourrait peut-être aussi encourager les Français à reconduire leur abonnement.

Un bouclage qui tient du « miracle » chaque semaine

Charlie Hebdo devra dans tous les cas faire face à deux difficultés majeures : les dissensions internes ne vont-elles pas émousser le soutien reçu par une partie de la population et l’équipe actuelle peut-elle continuer à faire un journal (attractif) ? Depuis l’adoption, le 24 juin 2015, du nouveau statut d’entreprise solidaire de presse, les tensions semblent apaisées.

Mais boucler Charlie Hebdo tient chaque semaine du «  miracle ». Riss lutte pour remplir le journal. La fusillade a privé l’hebdomadaire de ses plus célèbres illustrateurs : Charb, Cabu, Wolinski, Honoré ou encore Tignous. Et alors qu’ils jugeaient nécessaire de continuer après l’attentat, certains survivants n’ont plus la force de faire leur travail à présent. Luz s’en est allé et Patrick Pelloux a signé pour la dernière fois dans le numéro paru ce mercredi. Pendant ce temps, plusieurs membres de l’équipe sont toujours en arrêt maladie, affirme Le Monde.

Il est « très difficile de trouver de nouveaux caricaturistes »

Le souci premier de l’équipe est de trouver de nouveaux dessinateurs qui aient « du talent, la volonté de travailler pour Charlie [dans un bunker] mais aussi une solide culture politique, ce qui est plus rare », résumait l’urgentiste Patrick Pelloux l’an dernier. Non seulement le vivier des dessinateurs de presse s’est considérablement réduit ces dernières années avec la crise de la presse, mais il est « très difficile de trouver de nouveaux caricaturistes car l’esprit de Charlie Hebdo est particulier », assure à 20 Minutes le dessinateur du Canard Enchaîné Jean-Michel Delambre, qui était un grand ami de Cabu.

Et malheureusement pour Charlie Hebdo, les dessinateurs ne se bousculent pas aux portes du journal. Riss avait confié l’an dernier à M le magazine du Monde que plusieurs caricaturistes lui avaient demandé : « Est-ce que je serai obligé d’assister à la conférence de rédaction ? » ou « Faut-il que je signe de mon vrai nom ? » En septembre, la dessinatrice Coco, rescapée de la fusillade, confiait : « Après les attentats, on a contacté des gens [pour rejoindre Charlie]. Certains ont refusé de venir parce qu’ils avaient peur, ils avaient des familles. La mort nous collait à la peau. »

Une nouvelle formule nécessaire

Pour l’heure, ce sont des signatures peu connues de Charlie qui prennent place dans le journal. Juin, Pascal Gros ou encore Walter Foolz. Dans les semaines à venir, la rédaction va imaginer une nouvelle formule. « C’est important pour une équipe obligée de se repenser différemment d’avoir une nouvelle formule complètement à sa main, commente le sociologue des médias Jean-Marie Charon. La formule actuelle correspondait à d’autres personnalités. »

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