«Charlie Hebdo» en kiosques le mercredi 25 février 2015.
«Charlie Hebdo» en kiosques le mercredi 25 février 2015. - MARTIN BUREAU / AFP

Charlie Hebdo, c’est reparti. Et en 2,5 millions d’exemplaires, qui plus est. Mais combien de Français sont encore Charlie? Alors que l’hebdomadaire a fait son retour dans les kiosques après une parution interrompue pendant six semaines, 20 Minutes s’est rendu dans plusieurs points de ventes parisiens et franciliens ce mercredi matin pour voir quel accueil lui était réservé.

Premier constat: aucune file d’attente. Personne ne bouscule personne pour avoir son numéro. A 8h, de nombreux kiosques étaient mêmes déserts. La buraliste de la Civette des Arts, rue Damrémont dans le 18e arrondissement de Paris, a trouvé que tout était mieux organisé que pour le «numéro des survivants» d’un point de vue logistique. Elle a même reçu davantage d’exemplaires que le 14 janvier. Mais, à 8h20, elle n’en avait presque pas vendu, a constaté une journaliste de 20 Minutes sur place.

Pour comparer, voici le même point de vente le 14 janvier à peu près à la même heure (8h20 - 8h40).

Du côté de la gare Saint-Lazare, un kiosquier a indiqué: «Ca se vend doucement, ça n'a rien à voir avec le dernier numéro». Alors que ses 240 exemplaires étaient partis au bout d'une heure en janvier, il n'en a vendu qu'une vingtaine au bout d'une heure ce mercredi matin. A la Garenne-Colombes dans les Hauts-de-Seine, un petit bureau de tabac a reçu dix exemplaires. Ils sont tous partis à 8h, «mais il n’y a pas eu le même engouement» que le mois dernier, nous ont affirmé les buralistes. Avenue de Suffren dans le 15e arrondissement de Paris, un kiosquier a vendu ses dix exemplaires en une heure également. Mais moins de monde demandait l'hebdomadaire et il a surtout vu moins de «clients atypiques pour ce genre de presse». Jean-Pierre, avocat, a acheté le numéro des survivants, «comme tout le monde» et va continuer à acheter Charlie Hebdo de temps en temps «parce que ça [l]'a quand même bien fait rire sur des sujets pesants que ça [lui] a fait du bien». Armelle, postière, a acheté le précédent numéro mais ne l'a toujours pas lu. Elle va acheter celui de cette semaine car elle aime bien le dessin de une.

«Il ne faut pas oublier que ce sont les vacances scolaires»

Deux points Relay de La Défense situés près des voies de RER ont reçu une centaine d’exemplaires chacun. A 8h30, il en restait respectivement 20 et 50. Là non plus, il n’y avait pas foule. Johan, qui gère l’un des points de vente, nous a confié: «J’ai vu ce matin des clients qui avaient acheté le numéro des survivants... Ils n’ont pas acheté ce nouveau numéro.» Mais Charlie Hebdo continue de susciter un minimum d’intérêt, selon lui. «L’année dernière, on vendait un ou deux numéros par semaine», a-t-il précisé. Son collègue a renchéri: «Il ne faut pas non plus oublier que ce sont les vacances scolaires. Ca va peut-être repartir lundi.»

Beaucoup de Français avaient acheté Charlie Hebdo le 14 janvier pour exprimer leur solidarité envers les journalistes et leur foi dans la liberté d’expression. Nombreux étaient ceux qui avaient alors ouvert le journal satirique pour la première fois. Visiblement, tout le monde ne s’est pas «acclimaté» à l'hebdomadaire et à ses caricatures. Un constat qui pousse à se demander combien d’abonnés le resteront. Charlie Hebdo en compte actuellement 240.000 (contre 10.000 auparavant). Début janvier, l’historien des médias Patrick Eveno, interrogé par l’AFP, prévenait: «Pour conserver le maximum d’abonnés, il faut que Charlie Hebdo, sans changer de nature, change un petit peu son système éditorial.» Pour l’heure, l’hebdomadaire tente péniblement de se reconstruire.

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