PRESIDENTIELLE - Comment sont attribués les temps de parole politique chez nos voisins étrangers...
Arlette Chabot, directrice de l’information de France 2, se plaint souvent que la France est la seule démocratie au monde à avoir des règles aussi strictes imposées par le CSA lors d’une campagne présidentielle.
De fait, nos voisins européens ne sont pas soumis à la même intransigeance au nom du pluralisme. Mais y a-t-il pour autant une distorsion entre le temps de parole des différents candidats aux élections ? Réponse : non. Certains candidats ont-ils été exclus arbitrairement, déboutés du droit d’antenne ? Là encore, non.
En Allemagne, Angela Merkel, actuelle chancelière, n’a pas monopolisé les écrans en 2005. Pourtant, aucune règle n’est fixée en matière de pluralisme éditorial outre-rhin. En fait, seule l’«égalité des chances» inscrite dans la Constitution parvient à équilibrer les temps de parole des différents candidats.
Au Danemark, en Norvège et aux Pays-Bas : pas de règles formelles non plus. A chaque chaîne de couvrir l’élection de manière responsable. Pourtant aucun déséquilibre constaté entre les temps de parole et d'antenne accordés à chacun ! C’est pour cela d’ailleurs qu’aucune plainte d’aucun candidat n’a été déposé.
Dans les pays d’Europe centrale et orientale, et en Russie : Selon le Conseil de l’Europe, une Commission électorale centrale édicte des règles dans chaque pays, mais en pratique, elle ne dispose d’aucun pouvoir de sanction. Si l’on pousse encore un peu plus loin à l’Est, en Azerbaïdjan, un Code de déontologie des médias a été mis en place pour la première fois en 2005 sous l’impulsion du Conseil de l’Europe. Histoire d’aider les médias azéris à couvrir les élections parlementaires de manière « équitable, équilibrée et impartiale ».
En Italie, depuis 2000, «l’Autorità per le Garanzie nelle Comunicazioni» demande aux radios et télés privés de traiter à l’identique, en temps de parole et d’antenne, tous les partis politiques. Amusant : dans les années 1960-70, des postes au sein des conseils d’administration des trois chaînes publiques ont été attribuées à
trois tendances politiques différentes, justement dans le but de garantir le pluralisme : la Rai 1 aux démocrates chrétiens, la Rai 2 aux socialistes et la Rai 3 aux communistes.
Au Royaume-Uni, si un parti se sent lésé, il n’a qu’à adresser sa requête à
l’Independent Television Commission (ITC) ou à la BBC, les deux instances chargées de contrôler l'application des règles, respectivement pour le secteur privé et public. Lors des élections législatives de 1997, le parti national écossais s'est plaint à l'ITC que Channel 4 et Channel 5 n'avaient pas diffusé de programmes de campagne officielle les concernant. La plainte a été acceptée par l'ITC et Channel 4 et 5 ont dû diffuser les programmes en question. En outre, même les chaînes privées doivent accorder du temps d'antenne à la pub politique, gratuitement. Alors que TF1 et M6, en France, ne diffusent pas les spots des candidats.
Laure de Charette