Plus calibré que jamais. Certes l'investigation au bout du monde a toujours sa place à la télé. TF1 diffuse encore des reportages sur Kaboul dans son JT et France 5 a programmé en octobre un 52 minutes sur le trafic de médicaments dans le monde, en lice au festival. Mais au Festival international du grand reportage d'actualité (Figra), qui se tient depuis hier au Touquet, un mot revient : « formatage ». « Près de 20 % de notre travail est retouché : la chaîne ajoute des commentaires de son style sur nos images ou monte différemment des séquences, sans nous prévenir », assure un reporter, sous couvert d'anonymat.Dès le pré-achat, les chaînes imposent leurs conditions. « Elles nous poussent à trouver une accroche française, pour coller à la fameuse loi de proximité », regrette Marie-Monique Robin, grand reporter depuis vingt ans. Vendre à « Envoyé spécial » un sujet sur la société palestinienne relève de l'exploit. « C'est très frustrant, s'insurge Minou Azoulai, productrice. Les émissions nous commandent les mêmes sujets sur les policiers, les pompiers... mais elles retoquent des synopsis sous prétexte que ça n'intéressera personne ! » Les yeux braqués sur l'Audimat, la plupart des diffuseurs sont devenus frileux. Canal+ a diffusé Irak : agonie d'une nation, de Paul Moreira, à 22 h 35, alors que la télé suisse l'a programmé en prime time.Pourtant le grand reportage sait aussi réserver des surprises d'audiences. M6 a diffusé à 18 h un long extrait d'Un génocide à huis clos sur les Karens en Birmanie : 4 millions de téléspectateurs. « Preuve que, quand les chaînes inscrivent dans leur grille des sujets de qualité, éloignés de l'infotainment, les gens adorent ! », conclut George Marque-Bouaret, organisateur du Figra. Mais à l'heure des séries et des émissions people à succès, la cause du grand reportage mobilise peu les chaînes. Hier, premier jour du festival, aucun diffuseur n'était présent au Touquet.