Après la télé-réalité, après le docu-fiction, place à la « psycho-fiction ». Derrière ce nom hybride se cache une série qui ne l'est pas moins, et qui débute ce soir à 20 h 40 sur France 5. La chaîne publique, « qui cherchait depuis longtemps la bonne formule pour parler psy », dixit Pierre Block de Friberg, responsable du pôle documentaires, mise donc sur l'idée de Cinétévé Production : confronter des comédiens, qui jouent des Monsieur et Madame Tout-le-monde et leurs tourments intérieurs à des psyschiatres bien réels. « Pour comprendre comment fonctionne une thérapie », détaille l'auteur, Nicole Jamet. Reste que les séances oscillent parfois entre cas pratique et « psy-show ».
Si l'on découvre avec intérêt les méthodes comportementalistes du psychiatre Christophe André dans l'épisode 1, difficile d'avaler qu'il ne lui faut que quatre séances pour faire de Bernard, graphiste, trentenaire renfermé, un Don Juan capable d'inviter une belle fille à déjeuner. « Le temps de la télé est court par définition », plaide Fabienne Servan-Schreiber, productrice. « Les doutes et les chemins détournés de la guérison, qui peut prendre des années, ou même ne pas arriver, sont éludés au mépris de la vérité », tempête de Samuel Lepastier, psychiatre et psychanalyste. « La dimension de surprise, puisque je ne sais jamais ce que va dire un patient, n'est pas non plus prise en compte.»
Pourtant, Nicole Jamet a réussi à éviter l'écueil de séances trop téléphonées en laissant les acteurs improviser à leur guise, à partir de fiches détaillées sur leur personnage. « C'était vraiment proche de ce qui se passe dans mon cabinet, jure Christophe André. Parfois, j'étais très surpris des directions choisies par les acteurs . » Honnête, il admet tout de même que le téléfilm fait surtout une très bonne publicité à ses méthodes, présentées comme infaillibles puisque deux thérapies fictives sur deux fonctionnent. « Et pourquoi pas ? Je veux dire aux gens que ce n'est pas un monde d'aller chez le psy. A Sainte-Anne, je vois tous les jours des patients déjà dépressifs ou alcooliques, parce qu'ils ont consulté trop tard. » Alors, « Psycho-pub » ou « Psycho-fiction » ?
R. Baillot