L’assassinat de JFK, un événement médiatique autour d’images rares

MEDIAS – Documentaires ou fictions continuent de combler le peu d’images de l’assassinat du président américain à Dallas en 1963…

Joël Métreau

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Extrait du documentaire Dallas, une journée particulière. Le 22 novembre 1963, à Dallas, au Texas, le président John F. Kennedy et sa femme Jackie Kennedy.

Extrait du documentaire Dallas, une journée particulière. Le 22 novembre 1963, à Dallas, au Texas, le président John F. Kennedy et sa femme Jackie Kennedy. — Bettmann/CORBIS

A notre époque, les images du meurtre en public d’un président  ferait le tour de réseaux sociaux en quelques minutes. En 1963, la télévision atteignait l’âge de la maturité et l’assassinat de JFK cette année connu une résonnance médiatique sans précédent, avant l’invention des chaînes d’infos en continu. Le 22 novembre 1963, les chaînes américaines avaient aussitôt  interrompu leur programme, l’une des images restant les plus fameuses est l’annonce par le journaliste de CBS News Walter Konkrite, annonçant que le président américain avait été blessé

Un déplacement sans valeur médiatique

Pourtant les caméras des télévisions n’ont rien capturé des images de l’assassinat, les journalistes avaient été relégués dans une voiture loin derrière la Lincoln Continental bleu nuit décapotable, où se tenait John et son épouse Jackie. «Ils n’ont rien vu, ils ont vaguement deviné qu’il se passait quelque chose», explique Patrick Jeudy, auteur du passionnant documentaire Dallas, une journée particulière. Diffusé ce mardi 19 novembre à 20h50 sur Arte, il recompose à travers témoignages, vidéos et photos une mosaïque de cet événement. Pour Kennedy, ce ne devait être qu’un bain de foule ordinaire, sans valeur médiatique. Car il s’agissait simplement d’un déplacement de campagne en vue d’une réélection en 1964, dans un Etat, le Texas, qui risquait de faire pencher la balance.

«En 1963, c’était plus facile de couvrir un événement fixe»

«On a l’impression aujourd’hui que ça a été une parade couverte par les médias, mais pas du tout, indique Patrick Jeudy.  Une fois la parade terminée, quand le cortège arrive avant de prendre la bretelle d’autoroute, il n’y a même plus beaucoup de public. C’était la dernière chance possible pour un tireur.» Absence de médias aussi car «les moyens mobiles n’étaient pas les mêmes à l’époque, rappelle Vincent Michelot, historien et auteur d’une biographie de Kennedy (Folio Gallimard). En 1963, c’était plus facile de couvrir un événement fixe. On s’en tenait aux discours et aux conférences de presse.»

Le film Abraham Zapruder

Pourtant, un témoin a immortalisé l’événement, Abraham Zapruder, un tailleur, au moyen de son caméscope Bell & Howell. Un film de 26,6 secondes et de 486 images, aussitôt racheté 150.000 dollars par Time Life à l’époque. Des images encore vendues «de 15.000 à 20.000 dollars, car jamais tombées dans le domaine public», précise Patrick Jeudy.  Pour son documentaire, il s’est également appuyé sur des archives vidéo qu’il a dû «payer au musée de Dallas», The Sixth Floor Museum, situé à côté de Dealey Plaza où JFK a été assassiné. L’assassinat de Kennedy, c’est aussi un commerce», ajoute-t-il.

Un polaroid noir et blanc

Quant à la photo, il n’en existe qu’une du moment où JKF reçoit une balle en pleine tête, un polaroid noir et blanc de Mary Moorman.  «Incontestablement, le manque d’images a nourri des théories farfelues autour de cet événement», pointe l’historienne Hélène Harter, coauteur des Présidents américains (Tallandier). L’exploitation de certaines d’entre elles, à proximité du meurtre, un homme au parapluie ouvert alors que le ciel était bleu ou un homme au teint mat et au poing levé, ont nourri les hypothèses d’un complot plus vaste que le principal suspect Lee Harvey Oswald. Les théories conspirationnistes ont fleuri, impliquant la CIA, la mafia, les exilés cubains, ou le vice-président Lyndon Johnson lui-même.

«Un matériau formidable pour les cinéastes»

Des fictions ont relayé ces hypothèses comme le fameux JFK de Oliver Stone. D’autres s’en sont tenues à des versions plus officielles. «Cet assassinat incarne aussi le sentiment d’un rêve brisé, note Hélène Harter. C’est un événement romanesque au sens fort du terme et aussi un matériau formidable pour les cinéastes», comme pour Peter Landesman avec son Parkland de Peter Landesman sorti cette année. Ou dernier en date, le très plat téléfilm Killing Kennedy avec Rob Lowe dans le rôle du président, diffusé le 20 novembre à 20h40 sur National Geographic Channel.

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