Europe 1 fait partie des premières stations à s'être lancées dans la radio filmée.
Europe 1 fait partie des premières stations à s'être lancées dans la radio filmée. - CAPTURE D'ECRAN/20MINUTES.FR
Anaëlle Grondin

«Nos studios sont équipés de plusieurs caméras. Nous avons installé une régie centrale pour les piloter, ce qui nous permet d’avoir une réalisation de type télé». Fin 2012, Gilles Nay, directeur des activités numériques de Lagardère News, maison-mère d’Europe 1, expliquait à 20 Minutes comment la radio comptait tirer profit du Web. Quatre mois plus tôt, la station de la rue François 1er s’était mise à diffuser près de huit heures de direct par jour sur Internet, en vidéo.  Et voilà qu’RTL s’y met à son tour. Jeudi, la radio privée a annoncé qu’elle proposerait, dès le lundi 29 avril, de suivre ses émissions de 7h à 12h30 en live vidéo sur son site Internet depuis son ordinateur, sa tablette ou son mobile. «Les studios de RTL ont été équipés de caméras qui proposeront de trois à cinq plans différents», précise la station.

«Mon objectif, c’est d’avoir de l’audience supplémentaire», a expliqué à l’AFP Tristan Jurgensen, le directeur général de RTLnet. De son côté, Gilles Nay d’Europe 1 nous confiait il y a quelques mois: «Notre souhait c’est de capitaliser sur des têtes d’affiches, des gens qui sont connus à la télévision et que nos auditeurs avaient envie de voir». Radio France, qui propose de revivre des émissions en vidéo grâce aux podcasts depuis un moment, n’est pas en reste. «On travaille pour inventer notre futur. Ceux qui ne le font pas se condamnent à disparaître, nous a indiqué Joël Ronez, directeur des nouveaux médias du groupe. On a vocation à aller chercher nos auditeurs et les internautes sur leurs territoires de consommation». Comprenez par  là les smartphones et tablettes. Car l’arrivée de la 4G va décupler les possibilités vidéo de l’Internet mobile. Les radios veulent donc pouvoir proposer leur flux vidéo sur ces supports-là également.

Reprises de petites phrases et dérapages  à la télévision

La radio filmée est un enjeu important pour elles pour plusieurs raisons. Tout d’abord, c’est une question de visibilité. Les dérapages des invités de la matinale ou les petites phrases de politiques, qui sont désormais enregistrées en vidéo, sont repris dans les journaux télévisés, sur les chaînes d’information en continu et sur Internet. Plus ces images, sur lesquelles figure le logo de la radio, sont reprises, plus elle gagne en visibilité. «L’objectif au départ, c’était ces reprises à la télé», a indiqué Gilles Nay à 20 Minutes. Mais il y a aussi un enjeu de monétisation. La vidéo diffusée sur Internet constitue une source supplémentaire de revenus. «Nous avons un pré-roll [une publicité s’affiche au début d’une vidéo], mais nous réfléchissons à des formats innovants pendant le streaming, comme l’overlay [de la pub superposée au contenu]», expliquait-il. Des formats qui suscitent l’intérêt des annonceurs. 

A terme, Joël Ronez de Radio France souhaiterait «pouvoir diffuser en direct des infographies, des chiffres-clé, des données visuelles en complément pour rendre le streaming plus intéressant». Gilles Nay nous confiait il y a quelques mois avoir la même ambition. Mais attention, tout le monde s’accorde à dire que c’est «de la radio filmée et pas de la télévision». Pour Joël Ronez, «l’élément central de compréhension à la télé c’est l’image. Nous on veut garder l’image comme composant additionnel et garder notre identité radio». Pour le directeur des nouveaux médias de Radio France, «les savoir-faire n’ont rien à voir».