Chris Esquerre: «Si David Lynch vient me chercher pour faire le retour d'"Elephant Man", je dis oui tout de suite»

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Publié le 15 septembre 2012.

INTERVIEW - L'humoriste et chroniqueur est chaque semaine sur France Inter, Canal et sur scène à Paris...

Chris Esquerre nous avait manqué. Découvert en 2003 sur le plateau de «Tout Le Monde en Parle», le spécialiste des «journaux que personne ne lit» de «L’Edition Spéciale» (2007-2009) avait disparu des écrans l’année dernière pour se consacrer à son spectacle au Point Virgule, à Paris. Armé de son talent pour asséner avec une solennité désopliante les théories les plus absurdes, l’ex-consultant en communication devenu humoriste revient en force cette année, avec deux chroniques hebdomadaires, l’une au «Grand Journal» (ses conseils à Michel Denisot sont ici) l’autre à France Inter (les recommandations pour la rentrée de vos enfants sont ), tout en continuant sur scène chaque dimanche. Rencontre.

Canal+, France Inter, le Point Virgule… C’est ce qui s’appelle une rentrée chargée!

Oui… C’était pas vraiment prévu! C’est une sorte de cumul qui s’est fait malgré moi, car moi je ne cours après aucun portefeuille… enfin, je parle comme un ministre! En fait je voulais reprendre mon spectacle une fois par semaine, puis France Inter s’est concrétisé en mai-juin dernier, et Canal plus tard… C’est aussi pour ça que j’ai accepté qu’une seule fois par semaine. Je pouvais pas vraiment faire plus, comme je fais tout tout seul et que je suis très lent. Pour le Grand Journal je mets trois à quatre jours pour préparer ma chronique, ça parait dingue hein! Mais comme je n’ai pas de vannes, ni de personnages que je peux faire revenir, mon humour repose à chaque fois sur une idée différente…

«Le Grand Journal» vous laisse carte blanche?

Oui, ils me fichent une paix royale! Ils ne relisent même pas mes textes. En même temps depuis le temps, à Canal ils savent comment je travaille, ils savent qu’en cinq ans il n’y a pas eu un seul incident… J’allais dire, pas un seul «buzz», parce qu’aujourd’hui on fait le buzz quand on dit soit quelque chose de choquant, soit quand on montre son cul. Quand on ne fait ni l’un ni l’autre, on ne crée aucun problème à personne et tout le monde s’en fout!

Qu’est ce que vous nous préparez pour la suite?

Il y a plusieurs fenêtres possibles, comme «le bilan de la semaine» est un peu prétexte… J’interviens aussi comme un rédacteur en chef, du coup je peux très bien dire «Ah mais cette semaine vous n’avez pas parlé du mal de dos, pourtant c’est un mal français»… Et comme j’aime bien l’idée de relayer la tyrannie supposée des téléspectateurs, je peux dire «Vous vous êtes beaucoup étonnés qu’il n’y ait pas de rubrique auto, la voici donc» et hop, je m’en charge.

Et sur France Inter?

C’est un autre exercice, puisque je choisis un thème, en général un marronnier et je fais ce que je veux. France Inter, je m’en sers comme d’un laboratoire. Quand j’ai fait de la radio avant, à France Bleu et à Radio Nova, je faisais des portraits d’invités et des petites fictions, là j’ai carte blanche donc je m’en sers pour apprendre un nouveau métier et tenter des choses.

Les médias vous intéressent plus que la scène?

J’ai d’abord commencé par la télé et la radio, et pour moi c’était pas un tremplin. Beaucoup d’humoristes s’en servent pour faire de la scène, et ensuite du ciné. Moi non, j’ai atterri là où je voulais travailler, je n’ai pas de plan caché. La radio et la télé, c’est considéré comme des modes de diffusion mineurs, du coup il y a beaucoup à faire. Ce sont des médias passionnants.

C’est aussi que vous aimez vous en moquer… 

Oui, c’est vrai que j’aime manipuler leurs codes, donc ça fournit une matière. Au «Grand Journal» c’est ce que je fais, c’est quasiment mon mode de création.

Votre autre grande source d’inspiration, c’est le monde de l’entreprise. C’était le cas dans «Côté coulisses» par exemple. Car avant d’être humoriste vous étiez consultant…

Quand j’ai fini mes études, je pensais faire carrière en costume cravate et devenir directeur de quelque chose. J’y croyais à fond! Je suis entré dans un cabinet de conseil, j’étais très fier, je me suis dit que c’était le début d’une carrière en entreprise, et j’aimais ça. Sauf que j’ai fait ça trois ans, et je me suis rendu compte que je m’ennuyais beaucoup. J’ai eu peur parce que bon, j’arrivais au bout d’un système qui est normalement le système principal, y a pas 50.000 façons de gagner sa vie. Donc j’ai démissionné en 2002. Parfois on me présente ça comme un acte de courage, mais pas du tout, j’avais pas le choix, j’étais au bord d’une falaise et fallait sauter, sinon j’allais tomber. J’ai commencé à envoyer par la poste des maquettes dans les radios, des CD avec des faux reportages humoristiques, et ça a commencé sur France Bleu. Ma nouvelle vie de patachon! Et contrairement à ce que pensent les gens, il n’y a pas besoin de piston dans ces métiers-là, j’étais un campagnard débarqué à Paris, j’ai envoyé mes maquettes et on m’a répondu. Après, il faut persévérer.

Vous n’y aviez vraiment jamais pensé avant?

Non, pas du tout. J’avais déjà fait un discours drôle à la fin de mon école de commerce, ou dans des mariages, j’avais déjà eu l’occasion de voir que je pouvais dire des conneries, c’est tout.

On retrouve le consultant dans le rôle de coach un peu donneur de leçon que vous endossez souvent, y compris au «Grand Journal»…

Je me suis beaucoup inspiré de ces personnages des consultants omniscients qui débarquent en costume cravate dans les entreprises, jamais à court d’arguments… Mais bizarrement, je garde surtout beaucoup de tendresse pour le monde de l’entreprise. C’est mon terreau d’origine, et je ne suis pas cynique, c’est tout le contraire. C’est un monde qui me touche beaucoup.

Vous êtes très pince-sans-rire. Qu’est ce qui vous fait rire?

Beaucoup de choses me font rire. C’est des choses de l’existence que je trouve absurdes, comme ça que j'ai photographié l'autre jour dans ma rue, par exemple: 

Mais dans les références j’en revendique qu’une seule, c’est les «Deschiens». Ils ont inventé quelque chose de génial à l’époque, qui était de l’humour, mais pas présenté comme de l’humour. C’est ça qui m’a marqué. Et puis je viens de la campagne, donc j’ai été très sensible à leurs personnages. J’aime beaucoup François Morel, Olivier Saladin, Patrice Thibaud qui fait du mime incroyable, d’une poésie dingue. Il y a des gens que j’aime bien aujourd’hui hein, comme Daniel Morin que j’ai découvert il y a six mois. Il me fait mourir de rire.

Depuis votre chronique de «L’Edition Spéciale», vous avez gardé une petite addiction pour «Question Boulange» ou «Légende de Chats»? 

Non je suis sevré, j’en ai tellement lus! J’ai en encore chez moi une pile d’un bon petit mètre. Mais j’ai tourné la page aujourd’hui… Terminée la drogue des journaux que personne ne lit.

Vous vous voyez faire ce métier longtemps?

On n’est pas chroniqueur 50 ans à la télévision, ça c’est sûr. Je ne sais pas, je serais peut-être rattrapé par d’autres projets. J’ai participé à l’écriture d’un film écrit par Delphine de Vigan, elle a fait appel à moi pour le réécrire avec elle, j’avais jamais fait ça et ça m’a amusé de le faire.  Mais ça ne m’a pas donné pour autant l’idée de faire un film. En revanche si un jour un réalisateur vient me voir en me disant «J’ai un rôle sur mesure», je le ferai. Si David Lynch vient me chercher pour faire le retour d’Elephant Man, je dis oui tout de suite.

Propos recueillis par Annabelle Laurent
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