Le stade Vélodrome, à Marseille.
Le stade Vélodrome, à Marseille. - MICHEL GANGNE / AFP

Mickaël Penverne

Les travaux du Vélodrome ne font pas que des heureux. Les membres du club de supporters Handifan Club OM grognent depuis plusieurs semaines contre les aménagements prévus pour les personnes handicapées. Mobilisation de ses adhérents, prise de contact avec les autres clubs de supporters, courriers aux élus, rassemblement devant les grilles du stade... Ils viennent de recevoir l'appui de la ministre déléguée aux personnes handicapées, la Marseillaise Marie-Arlette Carlotti.

Dans un courrier qu'elle a adressé il y a quelques jours au maire UMP de Marseille, Jean-Claude Gaudin, elle s'inquiète de voir la ville, propriétaire du Vélodrome, ne pas prendre en compte «l’existence d’un des plus grands clubs de supporters handicapés d’Europe» et lui demande «d’entendre les préoccupations de l’Handifan Club OM et de lui garantir un avenir comme n’importe quel autre club de supporter».

«On est morts?»

Créé en 2004, ce club de supporters revendique 520 abonnés. Jusqu'au début des travaux de rénovation, qui prévoient l'installation d'un toit, une augmentation du nombre de places de 41.000 à 67.000 places et la construction d'une zone commerciale au pied du stade, ses membres étaient plutôt choyés. «On avait des emplacements dans les tribunes Ganay et Jean Bouin, faciles d'accès, avec une bonne vision du jeu, des toilettes et une buvette exclusives, explique René Poutet, président d'Handifan Club OM. C'était le plus bel emplacement en Europe».

Dans le prochain stade, il est prévu environ 370 places réservées aux handicapés. Selon la société chargée des travaux, Aréma, une filiale notamment de Bouygues Construction, leur nombre n'a pas diminué. En revanche, ce qui a changé, c'est leur emplacement. Au lieu des deux tribunes habituelles, les handicapés seront «dispersés» sur huit emplacements. «Ils ont même prévu des places dans les virages Nord et Sud, s'étrangle René Poutet. Et s'il y a un mouvement de foule, comment on fait? On est morts?»

Patate chaude

Du côté d'Aréma, on explique que cette dispersion est «conforme à la logique d'inclusion des handicapés dans la société». Et on rejette toute responsabilité: «Nous avons fait ce qui nous a été demandé. D'ailleurs, le stade a été homologué» pour accueillir les matchs lors des deux prochaines saisons. Même réaction à la mairie qui renvoie la patate chaude à la préfecture qui a pris l'arrêté d'homologation, et à... Aréma. Du côté du club aussi, on s'empresse de lancer la balle à ses voisins: «Nous sommes simplement locataires du stade. Ce n'est pas nous qui décidons. C'est la mairie et le constructeur.»

Bref, personne n'est responsable. Au-delà de la sécurité, la dispersion des adhérents d'Handifan Club OM pose un autre problème. Comme les autres clubs de supporters phocéens, l'association gère la billetterie de «ses» abonnés. Or, si ces derniers se retrouvent dans d'autres tribunes, son existence est menacée. «On avait demandé à être regroupés dans un ou deux endroits mais personne n'a jamais eu la politesse de nous inviter à une réunion de chantier, s'indigne René Poutet. Nous sommes écœurés. Mais on ne va pas se laisser faire. S'ils veulent rentrer en conflit, pas de souci, on va y aller...»