Michèle et sa sœur sourde n'avaient pu monter dans l'avion.
Michèle et sa sœur sourde n'avaient pu monter dans l'avion.

amandine rancoule

En septembre dernier, 22 personnes, dont 18 sourdes et trois malentendantes avaient reçu l'interdiction de monter dans un avion à destination de la Turquie. La compagnie Hermès, filiale d'Air Méditerranée, avait alors évoqué des raisons de « sécurité ». Le groupe devait effectuer un séjour organisé par le tour-opérateur Fram et acheté auprès de l'agence de voyages Castellane Voyages. C'est cette dernière qui, lundi, a été condamnée par le juge des référés du tribunal de grande instance de Marseille à verser 2 500 € à chaque membre du groupe pour rembourser le voyage et indemniser leur préjudice. L'agence n'a pas souhaité faire de commentaire lundi.

« Ça peut se reproduire demain »
Pour la justice, elle est tenue responsable, faute d'avoir informé le tour-opérateur Fram du handicap de ces personnes. La compagnie aurait ainsi pu augmenter le nombre de personnel de bord. « Ils ont été humiliés, réagi Fabienne, dont la mère était dans le groupe de voyageurs. Les sourds sont des citoyens comme les autres, capables de suivre les mesures de sécurité. » « Je ne suis pas du tout satisfaite, estime Michèle, qui devait accompagner Nicole, sa sœur sourde, en Turquie. La somme d'argent ne compense pas le choc. En plus, seule l'agence a été condamnée alors que c'est la moins coupable à nos yeux. » Pour Gabriel, un malentendant de 67 ans qui a cinq voyages de groupe à son actif « sans aucun problème », « c'est purement de la discrimination ». « Cela n'arrive jamais en France ou même en Europe. Avec ce jugement, on se rend compte que ça peut se reproduire demain : Air Méditerranée peut agir à sa guise », pense-t-il. Regroupé au sein d'un collectif après avoir essayé de se faire rembourser les billets à l'amiable, le groupe de voyageurs devrait prochainement se réunir pour décider d'éventuelles suites judiciaires.

Ministre

Dans un communiqué, Marie-Arlette Carlotti (PS), la ministre déléguée en charge des Personnes handicapées espère « que ce jugement aide la société à prendre conscience de la nécessité de garantir les meilleures conditions d'accueil»