Les uns se pressent pour ne pas rater leur avion, les autres sont soulagés d'être arrivés. Mardi, le vol quotidien Marseille/Tunis de la Tunisair était plus rempli que ces derniers jours. Au comptoir de la compagnie, Rached, qui travaille depuis huit ans dans les environs de Marseille, est venu presque sur un coup de tête.
«Je n'avais pas prévu d'aller à Tunis, mais ça m'embêtait trop de ne pas être là-bas», explique-t-il. À son arrivée, il fera le tour de sa famille et des connaissances. Il ira visiter son cousin «qui a reçu une balle dans une jambe au cours d'une manifestation. La police lui a tiré dessus».
La Tunisie sans Ben Ali, il en fait un constat simple. «Avant, tu parlais mal de Ben Ali ou t'allais faire la prière, la police t'arrêtait. T'allais danser ou boire un coup, on te jetait en prison. Aujourd'hui on veut la liberté, être tous ensemble.»
« Intelligentsia importante »
Dans la file d'embarquement du vol Tunisair, Dalila s'impatiente. «Je suis ici depuis un mois. Je suis venu voir mes enfants, mais j'avais hâte de rentrer, je me sens loin», explique cette femme élégante, retraitée d'une grande banque tunisienne.
Comme beaucoup, elle ne s'attendait pas au départ de Ben Ali. Désormais, elle espère que «la révolte du peuple se transformera en quelque chose de bien». «Il y a en Tunisie une intelligentsia très importante qui n'a pas pu jouer son rôle à cause de la dictature», explique-t-elle, confiante.
À l'opposé du terminal 1 de l'aéroport de Marignane, des familles de Français arrivent en provenance de Tunis, avec bagage et enfants. «On n'avait pas prévu de rentrer, indique un père de famille, résidant à Carthage. Mais avec les milices, les hélicoptères, les barrages… Et on a tiré sur la maison, alors mes filles ont eu peur». Beaucoup d'entre eux comptent attendre «que la situation se calme.»