MARSEILLE - Reportage dans un fast-food de la cité phocéenne...
A première vue,
malgré la polémique qui enfle, rien ne diffère le
Quick «Halal» du quartier du Merlan (14e) à Marseille des autres restaurants de la chaîne de restauration rapide. Sur le comptoir, seul un panneau discret indique que la viande a été sacrifiée selon le rite musulman.
Si la dinde a remplacé le bacon, et que le steak est désormais halal, on peut toujours l’accompagner de bière. Alors qu’est ce que ca change? «Ca fait surtout que tout le monde peut manger, parce qu’avant les gens ne mangeaient que du Fish Burger», explique un vendeur. Lui est satisfait, «il y a plus de monde», et s’interroge sur la polémique: «pourquoi cela, on est en France...»
Clients majoritairement musulmans
Dans ce quartier pauvre cerné par les voies rapides, la population est très majoritairement musulmane. Le fast-food, mitoyen d’un grand centre-commercial, est désormais plus fréquenté. Farida déjeune en famille avant d’aller faire les courses. «C’est bien, ca rend service à la communauté musulmane qui ne pouvait pas manger là avant, estime-t-elle. Vous savez, c’est la même viande pour tout le monde, elle est juste tuée différemment.» Karim, 22 ans, étudiant en droit à Aix, n’est pas venu là spécialement pour déguster un burger Hallal. Mais il trouve l’initiative intéressante.
«C’est du marketing commercial, souligne-t-il. J’ai fait des études de commerce, et on m’a toujours dit qu’il faut s’adapter à l’environnement. Ici, les trois quarts des gens sont musulmans, alors…». Pour autant, il comprend qu’on puisse avoir envie d’une bonne tranche de bacon. « Ils n’ont qu’à en proposer et le faire cuire séparément», suggère-t-il. «Une femme voilée pour une élection (ndlr: une candidate du NPA dans le Vaucluse se présente voilée), je comprends le problème avec la laïcité; avec la République qui prône l’égalité entre les religions, mais là, rien à voir, c’est une affaire privée», estime-t-il. Et la polémique l’exaspère.
«A chaque fois, on stigmatise. Avant, on mettait en question les immigrés, aujourd’hui ça continue avec les français musulmans. On est en train de construire deux sociétés. Il n’y a pas d’autres urgences? Les gens qui dorment dans la rue, les femmes battues, ils font quoi les politiques? Je me demande si tout cela n’est pas de la tactique politique juste avant les élections.»
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A Marseille, Laurent Berneron