Hôtel meublé cherche propriétaire fantôme

Eugenia Mihai (53 ans) et son mari Oprea (63 ans) s'essoufflent à monter jusqu'au troisième étage deux seaux d'eau pour alimenter leurs toilettes. Depuis le 26 janvier, date à laquelle un arrêté de fermeture de leur hôtel meublé situé en plein coeur ...

Laurent Berneron

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Selon les associations, l'eau aété coupée pour « faire partir » les onze familles.

Selon les associations, l'eau aété coupée pour « faire partir » les onze familles. — S. PAGANO / REPORTAGES / 20 MINutes

Eugenia Mihai (53 ans) et son mari Oprea (63 ans) s'essoufflent à monter jusqu'au troisième étage deux seaux d'eau pour alimenter leurs toilettes. Depuis le 26 janvier, date à laquelle un arrêté de fermeture de leur hôtel meublé situé en plein coeur de Noailles (1er) a été pris par la ville, ils vivent sous la menace d'une expulsion.

Depuis quelques jours, l'eau a été coupée dans le bâtiment. « Pour les faire partir », estiment les associations venues hier les soutenir. Alors, comme onze autres familles tsiganes de Roumanie qui habitent l'immeuble, ils viennent s'alimenter en eau directement à l'arrivée principale, au rez-de-chaussée. « Mon mari a des problèmes cardiaques depuis un accident vasculaire cérébral, il prend des dizaines de médicaments chaque jour », témoigne Eugenia. Assis sur le lit qui occupe la moitié de leur chambre délabrée de 10 m2, celui-ci tente de retrouver une respiration normale. Dans l'immeuble, la sécurité incendie ne fonctionne pas, les fils électriques s'entrecroisent dans la cage d'escalier.

Leur hôtel meublé est au centre d'un imbroglio administratif. Marseille Aménagement, société d'économie mixte de la ville, en charge du « périmètre de restauration immobilière » (PRI) du quartier Noailles, affirme avoir demandé au gérant de l'hôtel d'entreprendre des travaux pour se conformer aux normes. Sans résultat. Elle a ensuite demandé son expropriation et obtenu en juillet 2009 « la propriété juridique de l'hôtel, mais pas sa possession », explique Charles Boumendil, directeur de Marseille Aménagement. La justice n'ayant pas encore fixé le montant de l'indemnisation liée à l'expropriation, « le gérant n'a pas été chassé ». Depuis, la situation s'est encore complexifiée. La mission de Marseille Aménagement à Noailles n'a pas été reconduite par la ville en 2010. « La ville est devenue propriétaire à notre place », poursuit Charles Boumendil. Dans son arrêté du 26 janvier, la ville affirmait pourtant que le propriétaire est Marseille Aménagement. « Il appartient à Marseille Aménagement de rétrocéder à la ville, par acte notarié, la propriété de l'hôtel, ce qui n'est pas encore le cas », répond José Allegrini, adjoint au maire (UMP), en charge du dossier. W

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