Sur le rond-point tout neuf, dont les remblais n'ont pas encore été recouverts, une petite usine en carton, dont les trois cheminées crachent une fumée orange et noire. Tout autour du carrefour des Bannes, sur la route vers la zone portuaire de Fos, les manifestants prennent soin de ne pas empiéter sur la voie, traversée par des dizaines de poids lourds. Hier, 500 personnes s'étaient rassemblées près du site de l'incinérateur de déchets de la communauté urbaine de Marseille, pour protester contre les premiers essais de l'installation.
Foulards et T-shirts jaunes, banderoles « Trop, c'est trop », pancartes « Fosséens et Phocéens, même combat », les manifestants naviguent entre mobilisation et résignation. « On ne peut plus arrêter l'incinérateur, estime Nicolas Robert, employé de l'usine ArcelorMittal, toute proche. Mais on peut faire que ce ne soit pas pire, avec plus de méthanisation et moins de déchets pour l'incinération. » Bibliothécaire à la médiathèque de Fos, Sylvie Baldaquin estime au contraire « qu'il y a toujours de l'espoir. Il reste encore la pression populaire ». « Pour des questions de santé publique, on peut toujours revenir en arrière, quel que soit le coût, renchérit Sandrine Figuié, élue Verts à Martigues. Ça a été le cas pour l'amiante, on est maintenant en train de réhabiliter tous les immeubles. » Au pied du rond-point, le camion-sono de l'agglomération Ouest Provence prend position, diffusant Money for nothing, régulièrement couvert par le grondement des avions de ligne qui décolent et atterrissent à Marignane. En attendant les discours officiels, tout le monde se souhaite une bonne année, fait le point sur la mobilisation. « Les gens sont tous à dire "Ah qu'est-ce que tu veux faire, c'est fini". Ce qu'il faudrait, c'est 200 000 personnes dans la rue ! », peste un manifestant. « Ça fait combien de temps qu'on se bat ? Cinq ans ? », s'interroge un autre. Huit ans, en fait, rappelle au micro Daniel Moutet, président de l'association de défense du littoral et de protection du golfe de Fos. René Raimondi, maire (PS) de Fos, assure « continuer de se battre jusqu'à la fermeture » et dit « refuser le diktat marseillais ». Après les prises de paroles, élus et responsables associatifs déposent une gerbe mortuaire estampillée « ci-gît la parole donnée ». Les socialistes fosséens en ont gros contre leurs collègues marseillais, au premier rang desquels Eugène Caselli, président de MPM qui avaient promis la fermeture de l'incinérateur durant les municipales. « Honte au drapeau bleu blanc rouge, honte à Eugène ! », lance René Raimondi. Au bout de quarante minutes, les manifestants lèvent le camp. « Ce n'est pas la peine d'aller faire une visite à l'incinérateur, on est attendue par des dizaines de CRS », met en garde un élu. W