Une rétention « industrialisée » qui aggrave les drames humains

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Publié le 30 octobre 2009.

La Cimade, seule association habilitée à intervenir dans les centres de rétention administrative (CRA) a rendu, hier, son rapport 2008 sur les conditions de rétention des personnes sans papiers. Selon les chiffres communiqués par l'association oecuménique, le nombre de personnes placées en rétention à Marseille a diminué de 8 % l'année dernière par rapport à 2007. Sur les 2 871 personnes passées par le CRA du Canet (13e) en 2008, plus de la moitié ont été interpellées lors de contrôles d'identité ou de contrôles routiers. « C'est le passage au stade industriel, estime la Cimade. Avec son cortège de drames humains et familiaux », poursuit-elle, relevant le nombre important d'étrangers « souffrant de pathologies lourdes ou de problèmes psychologiques » et placés en rétention.

Au cours de l'année 2007, les médecins du centre ont relevé trente-sept tentatives de suicides. En décembre 2006, un jeune Kurde retenu au Canet s'est donné la mort dans sa cellule, rappelle l'association, qui dénonce l'acharnement de la préfecture à placer en rétention des étrangers ayant des problèmes psychologiques. « Ces personnes n'ont absolument pas leur place dans un CRA, affirme la Cimade. Le placement en rétention ne fait qu'augmenter leur situation, les expose à une détérioration de leur santé mentale et accroît le risque de tentative de suicide. »

C'est le cas de monsieur G., dépressif depuis septembre 2006, placé en avril 2008 au centre de rétention du Canet et sous le coup d'un arrêté de reconduite à la frontière. Selon l'association, la cour d'appel d'Aix-en-Provence l'a libéré en mai sur un vice de procédure. Après une nouvelle interpellation un mois plus tard, monsieur G. est encore libéré sur une irrégularité dans la procédure. En juillet, il est arrêté, pour la troisième fois, à la préfecture où il apportait un certificat médical du centre hospitalier Edouard-Toulouse pour régulariser sa situation. Il est finalement relâché une quinzaine de jours plus tard par le magistrat du tribunal administratif, considérant que « la reconduite comporte des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la situation médicale de l'intéressé », selon la Cimade. Pour 2008, l'association dresse un « constat alarmant ». Elle s'insurge notamment contre le recours trop fréquent aux cellules d'isolement et déplore « la difficulté pour faire valoir les droits de ces personnes malades devant les tribunaux », les juges des libertés et de la détention refusant de se prononcer. W

Amandine Rancoule
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