Si le sécateur et le sceau restent indispensables, la casquette est superflue au domaine viticole de Beaupré, à Saint-Cannat (13). Les premiers coups de sécateurs y sont donnés le matin à 7 h du matin et s'interrompent vers 13h. « Si je pouvais commencer avant je le ferais mais on n'y voit pas bien », explique Phanère Double, gérante et fille du propriétaire du domaine, les yeux rivés vers le ciel menaçant. « Il ne faut pas que les raisins prennent l'eau, et la météo a prévu de la pluie », explique-t-elle. Pas de pluie donc, et pas trop de chaleur non plus pour optimiser le processus de vinification. « Le raisin doit macérer entre 16 et 18 degrés afin de préserver les arômes, précise Phanette. Il ne faut pas qu'il rentre trop chaud car les levures, qui transforment le sucre en alcool, ne doivent pas varier en température. »
Et le concept fait plutôt le bonheur des vendangeurs. « Il commence à faire vraiment chaud vers 10 ou 11 h, estime Yoann, employé pour la saison. Avant c'est supportable, même si on a un peu mal au dos. » Heureusement « l'ambiance est bonne », assure Nicolas, qui transpire déjà avec ses allers-retours quasi-incessants entre la vigne et la benne où la récolte est déposée. Alors, une technique pour s'économiser ? « Pas vraiment, faut juste faire attention à ses doigts ! », prévient le jeune vendangeur. Nadia, elle, a trouvé la parade. « Je mets des gants mais c'est surtout parce que j'ai des allergies. Sinon, j'ai l'habitude : je travaille ici toute l'année depuis sept ans », raconte-t-elle couvrant à peine le son de la radio. « Didier ! T'as un pansement ? », s'écrie soudain Nicolas. Le doigt en sang, il avance vers le tracteur pour récupérer la trousse de secours. « Désinfecte », lui conseille Nadia, en bonne maman. Mais de l'eau suffit à Nicolas, qui reprend de suite le travail. « Ils se donnent corps et âme », plaisante Didier, quatorze ans de vendanges à son actif.
Pour éviter les coupures, il y a bien la récolte à la machine, plus économe et rapide : de 7 à 9 hectares sont vendangés par jour, contre un hectare avec 12 employés. « Mais la machine ne fait pas le même tri que nous. A la main, on jette les grains pourris et on n'écrase pas les grappes comme la machine », précise Didier. Souvent utilisée la nuit, la méthode mécanique sert à récolter le raisin destiné au vin rosé. « En principe, on vendange la moitié du domaine à la machine et l'autre à la main », précise Phanette. Selon ses estimations, il faudra un mois pour venir à bout des 42 hectares du domaine d'où sortent chaque année 250 000 bouteilles. Environ 4 000 pourront être fabriquées grâce aux six heures de travail des douze employés. « Un bon rythme », note la patronne. De quoi, tout de même, assurer quelques autres coupures d'ici fin à septembre. W