Tout le monde sur le pied de guerre. Alors que la grippe A continue sa course à grande vitesse dans le monde, les équipes du port de Marseille ont redoublé de vigilance pour tenter de contenir une éventuelle charge du virus par la mer. Chaque année, ce sont plusieurs milliers d'équipages qui transitent par ses quais et surtout plus de 2 millions de passagers venus du monde entier. Une démultiplication des risques, même si le port en a vu d'autres.
« On est directement concernés par toutes les épidémies du monde », rappelle Joseph Moysan, commandant du port de Marseille. Dans le passé récent, le port a ainsi dû gérer des situations similaires, comme face au virus Sras, parti de Chine en 2002 avant de se propager en 2003. « L'une des différences, c'est que pour le Sras, l'épidémie partait d'Asie. Avec le virus H1N1, on est plus concernés car la grippe a démarré au Mexique et est partie très vite aux Etats-Unis. Or, il y a beaucoup d'Américains sur les bateaux de croisière. » Cet été, deux navires ont déjà été « contrôlés positifs » : Le 1er août, les 3 600 passagers du Voyager of the Seas avaient été consignés quelques heures dans le paquebot où plusieurs cas de grippe avaient été mis à jour. A l'issue d'un contrôle des médecins de la Direction régionale des affaires sanitaires et sociales (Drass), les croisiéristes avaient finalement pu visiter la ville. Une semaine plus tard, c'est le Costa Concordia qui a subi le même sort, sauf que cette fois-ci, les vacanciers sont restés consignés à bord durant toute l'escale phocéenne.
Depuis ces deux cas en août, aucun autre navire n'a inquiété les autorités. Tout bateau entrant dans le port est soumis à un même processus de vérifications, établi par le Règlement sanitaire international (RSI) datant de 2005 : « Chaque navire a obligation de nous envoyer une déclaration de santé, détaille le commandant Moysan. Quand une anomalie apparaît, on la signale aux médecins de la Drass qui donne son avis. C'est eux qui décident de la marche à suivre»
Outre le RSI, le préfet de région a décidé, après l'épisode du Voyager of the Seas, de mettre en place une procédure complémentaire en fonction de certains critères (notamment la réputation du navire) : au vu de la déclaration de santé, les médecins de la Drass peuvent ainsi décider d'effectuer un contrôle sur le bateau. « La réglementation est appliquée de façon très rigoureuse à Marseille. Mais il faudrait que ce soit la même chose dans tous les ports. Cette situation ne doit pas être un moyen de créer les conditions d'une concurrence déloyale », note Jacques Truau, président du Club de la croisière Marseille-Provence, qui évoque un « mauvais coup pour le secteur ». « Il est prématuré de dire s'il y aura des conséquences sur l'économie, mais les opérateurs sont inquiets. » D'autant que le mois d'octobre, pendant lequel l'épidémie pourrait atteindre un pic, est un mois traditionnellement chargé pour la croisière. W