A l'unanimité, les enseignants chercheurs de l'Institut d'études politiques (IEP) d'Aix ont décidé d'entamer ce matin une grève illimitée et reconductible pour protester contre un projet de réforme de leur statut. Depuis sa création en 1956, c'est la première fois que Sciences-Po Aix, qui forme diplomates, personnels politiques ou cadres d'entreprise, connaît une grève de ses professeurs. « Ici les opinions politiques sont plutôt hétérogènes, analyse Raphaël Liogier, professeur des universités en sociologie, élu au conseil d'administration de l'IEP. Mais de droite comme de gauche, nous sommes tous d'accord sur une seule motivation : la liberté de la recherche. »
Les enseignants-chercheurs sont opposés à un décret qui vise à renforcer le rôle du président de l'université dans la gestion de leur carrière. Selon le décret, les présidents d'université pourront influer sur le nombre d'heures de cours des professeurs. « C'est dramatique de voir que le président d'université pourra augmenter notre nombre d'heures de cours s'il estime que nos recherches ne sont pas terribles », s'insurge Raphaël Liogier. L'évaluation des recherches des professeurs et leur promotion sont jusqu'à présent assurées au niveau national par un collège de confrères dans chaque discipline. « On veut aller vers un système à l'anglo-saxonne, où la recherche est évaluée au kilo, en fonction de la quantité de publications dans les revues spécialisées et non en fonction de sa valeur scientifique intrinsèque, estime le sociologue. Le salut consistera à se rapprocher des instances dirigeantes, les universités vont devenir des républiques clientélistes. » ■