"J'ai toujours été un Gaulois dans ma vie »

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Publié le 16 décembre 2008.

Après une campagne municipale rude et un résultat très serré (seulement 700 voix d'écart d'avec le socialiste Alexandre Medvedowsky), Maryse Joissains retrouve pour six ans la mairie d'Aix et la présidence des 34 communes de l'agglomération. Avec, sur son bureau, des dossiers de poids comme les transports ou le logement.

Ce dimanche a eu lieu la réouverture de la ligne TER Aix-Marseille. Le résultat vous convient-il ?

Cette ligne a été pensée il y a quinze ans. Cette rénovation est une avancée, mais nous aurions dû mettre à profit les quinze années écoulées pour que tout le parcours soit revu. Sur certains endroits, lorsque les trains sont sur le point de se croiser, l'un s'arrête pour que l'autre passe, on perd du temps. Cette ligne apporte une amélioration de 5 à 7 minutes. J'aurais voulu un trajet réduit à 20 minutes quand on fait l'omnibus avec une autre gare, un quart d'heure d'Aix à Marseille sans omnibus [contre 30 actuellement]. Cela aurait vidé la circulation de l'autoroute d'à peu près 35 %. En l'état, si on fait une amélioration de 10-12 %, c'est le bout du monde. Pour moi, il faut refermer la ligne pendant deux ans, mettre les moyens pour la doubler et l'électrifier sur toute la longueur. Mais ce n'est pas moi qui ai l'argent.

A l'intérieur d'Aix, il y a aussi un problème de circulation.

Nous allons essayer d'aller au-delà du 1,08 de la taxe transport et mettre en place des bus à haute qualité de service qui relaieraient certains grands parkings aux zones d'activité. C'est à l'étude. Pour l'instant ; on est bon en transport scolaire et en liaison sur les 34 communes du Pays d'Aix. Notre ambition est aussi de réactiver toutes les lignes ferroviaires. Plan-de-Campagne. Venelles... Le réseau existe. Alors quand on parle de la Ligne à Grande Vitesse (LGV) qui va coûter un argent fou, permettez d'abord que les gens puissent se déplacer à l'intérieur du territoire !

Sur la LGV, quelle est votre position ?

On ne va pas abîmer tout un territoire juste pour permettre aux Niçois d'arriver à Paris avec un quart d'heure d'avance. C'est insensé ! Si les Niçois ont envie d'aller vite à Paris, qu'ils prennent l'avion. Et le reste du temps, ce qu'il faudrait faire, c'est un RER Avignon-Aix-Marseille-Toulon-Nice, avec peut-être un arrêt à Cannes ou à Antibes, c'est de cela que les gens ont besoin.

Selon le tracé envisagé par Réseau ferré de France (RFF), pourriez-vous vous retirer du tour de table financier ?

Quel que soit le cas de figure, je ne donnerai pas un sou de l'intercommunalité à ce projet ! Nous participerons au financement des lignes intérieures que RFF voudra bien réhabiliter. Mais pour le reste, pas un sou. Je n'ai pas la cassette de Picsou !

Pour les ordures ménagères, la CPA prône depuis sa création leur enfouissement. Comment vous positionnez-vous par rapport au plan départemental des déchets ?

Quand le plan départemental a été voté, nous y étions favorables à une triple condition : un, que ça ne nous coûte pas plus cher, deux, que l'on ne mette pas sur notre territoire d'autres déchets que les nôtres, et trois, que l'on respecte notre choix. Pour le moment, c'est l'enfouissement. Jusqu'en 2015, on est bon. Il va falloir évidemment réfléchir à la suite. Mais je ne suis pas persuadée que la méthanisation, qui nous coûterait 40 % plus cher, et l'incinération, soient des solutions. Chez nous, l'enfouissement marche : on devrait gagner 2 millions d'euros cette année en valorisant nos déchets. Le département n'a qu'à essayer de faire de l'enfouissement un peu partout et d'essayer de le rentabiliser. Mais je ne veux pas partir dans une aventure qui nous imposerait d'autre choix et qui mènerait sur notre territoire les déchets des autres. J'aime beaucoup les Marseillais, mais je ne veux pas de leurs déchets à Aix.

Vous évoquez les Marseillais... Entre la communauté urbaine désormais à gauche, Ouest Provence et la communauté d'Aubagne également, vous devez vous sentir un peu seule politiquement...

J'ai toujours été un Gaulois dans ma vie, ça ne me dérange pas. Ce que je veux, c'est qu'on respecte notre territoire.

A propos de la fusion des universités, la fac a récemment présenté son organigramme précisant qu'il y aurait une double présidence, à Aix et à Marseille, ce que vous réclamiez. Etes-vous satisfaite ?

Nous souhaitons qu'il y ait une double présidence. Ce peut être la présidence opérationnelle d'un côté, la présidence administrative de l'autre, peu importe. C'est symbolique : l'université d'Aix est plus ancienne que les unités d'enseignement de Marseille. Je suis quelqu'un de très pragmatique. Je me prépare à sauter sur tout ce qui bouge dans la mesure où Aix n'aurait pas la considération qu'elle mérite.

Justement, comment se portent les finances de la ville et de la CPA ?

A la ville, on a commencé à désendetter la population. A la CPA, on est très peu endetté. Pas suffisamment : nous avons fait payer certains investissements par les générations actuelles alors qu'ils vont servir sur trente ans. Donc, on a commencé à emprunter. Actuellement, on peut à la CPA faire 100 millions d'euros par an d'investissement, dont il faut retirer les 40 millions d'euros qui sont versés à la microélectronique, à Iter, etc. Mais il faut être économe. On est en période difficile.

Vous parliez d'augmenter le versement transport. Est-ce qu'il y a d'autres impôts pour lesquels une hausse est envisagée ?

On a deux impôts sur lesquels on joue : la taxe d'enlèvement des ordures ménagères et la taxe transports. La taxe transports parce qu'on ne pourra pas mettre en place le bus à haute qualité de service si on ne l'augmente pas. Sur la taxe des ordures ménagères, nous avions la plus faible du département. Nous faisons donc une remise à niveau. Elle devrait donc atteindre 9 % en 2012 ou 2013. C'est l'incivilité de 10 % des gens qui m'amène à l'augmenter. De plus, il y a les règles du Grenelle de l'environnement à respecter pour passer de 66 % à 40 % de déchets ultimes. Nous sommes obligés d'investir.

Sur le logement, Aix fait partie des villes les plus chères de France. Que pouvez-vous y faire ?

En matière de logements sociaux, nous sommes conformes à la loi. Le problème, c'est que les classes moyennes ne peuvent pas habiter dans le privé car c'est trop cher, et reportent leur demande sur les HLM. C'est pour cela que j'ai commencé à faire du logement intermédiaire. On essaie de faire partir les gens qui ont les moyens de vivre ailleurs. En même temps, j'ai demandé que l'on vide certains HLM vétustes, que l'on loge les gens ailleurs, et que l'on rebâtisse pour des revenus moyens. Mon ambition, c'est de construire des logements un peu plus cher au sein des cités HLM pour privilégier la mixité sociale.

Quelle est votre position sur la loi sur le travail dominical ?

Je suis contre l'extension du travail le dimanche sur tout le territoire. Mais il faut que la loi permette aux zones existantes de ne pas disparaître. Si Plan-de-Campagne disparaît, des milliers de gens seront au chômage. En plus, la zone ne sera plus attractive. Pour la réhabiliter, je dois mettre 60 millions d'euros, je ne pourrais pas les mettre sur un site condamné. Je suis donc pour cette loi parce qu'elle propose d'entériner l'existant sans l'étendre. Il faut identifier les trois-quatre zones qui fonctionnent en France avec une antériorité de dix ans et les confirmer, mais c'est tout.

Recueilli par Stéphanie Harounyan et Frédéric Legrand - ©2008 20 minutes
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