Jean-Luc Marx
Préfet délégué pour la sécurité et la défense.
Sur les neuf premiers mois de l'année, la délinquance générale est en légère baisse dans le département. Quel bilan en tirez-vous ?
Globalement, la situation s'améliore. Alors que la population augmente dans tout le département, nous assistons à une stabilité ou une baisse de la délinquance. C'est surtout sensible à Marseille, où elle a diminué de plus de 3 %.
Les vols à main armée sont cependant en forte augmentation à Marseille et dans le département. Est-ce une banalisation du recours aux armes ?
Nous sommes confrontés dans ce domaine à du banditisme « de proximité », des équipes qui montent une attaque pour trouver de quoi passer la soirée. Cela multiplie les cibles potentielles : des boulangeries ou des petites surfaces peuvent être attaquées. Nous montons des opérations ciblées, mais nous ne pouvons pas tout surveiller. C'est pourquoi nous encourageons les commerçants à investir dans des caméras dirigées sur les caisses, à la fois pour dissuader et faciliter l'enquête en cas d'attaque.
La délinquance des mineurs est, elle aussi, en hausse...
Une étude sur ce sujet vient de nous être rendue. Elle confirme nos chiffres : la délinquance des mineurs est en hausse partout en France, mais plus encore à Marseille. Elle est surtout le fait de jeunes qui ont commis plusieurs délits avant leur première arrestation. On retrouve souvent des mineurs dans des affaires de vols, de violences, notamment contre les policiers, pompiers ou chauffeurs de bus. Ils sont aussi plus nombreux à être impliqués dans des affaires de stupéfiants, où ils jouent souvent un rôle de guetteur pour les réseaux de revente. Pour ces jeunes, la seule réponse policière ne suffit pas. Nous allons nous réunir mi-novembre avec les services sociaux et l'Education nationale pour développer de nouvelles actions.
Les dernières statistiques soulignaient l'augmentation de la délinquance des jeunes filles...
Elle augmente, mais elle reste tout à fait minoritaire.
La mairie de Marseille a voté l'installation de 180 nouvelles caméras de vidéosurveillance en centre-ville. Ces systèmes sont-ils vraiment efficaces ?
Nous voulons accompagner les mairies qui investissent dans ces systèmes pour qu'ils soient mis en place le plus vite possible. C'est un investissement lourd, qui suppose, en plus du matériel, des personnes formées pour utiliser les images et un système pour les conserver un mois à des fins de preuve. La vidéosurveillance a un rôle dissuasif, mais elle aide aussi à améliorer le taux d'élucidation des affaires. Nous avons 15 000 vols à la roulotte [dans des véhicules] par an. Des caméras peuvent permettre d'identifier plus facilement les auteurs.
La mairie veut implanter ses caméras dans l'hypercentre. N'y a-t-il pas un risque que la délinquance se déplace en périphérie ?
Peut-être, mais c'est la même chose qu'avec un contrôle de police. Le risque d'un effet « chasse-neige » est lié à toute activité policière. Et il n'est pas illégitime de privilégier le centre-ville, où le taux de délinquance atteint parfois 300 faits pour 1 000 habitants, contre 100 en moyenne à Marseille et 60 en moyenne nationale.
Les derniers procès de grand banditisme à Marseille ont mis en lumière un « milieu » local déstructuré. Est-il pour autant devenu inactif ?
Depuis le début de l'année, une douzaine de meurtres dans les Bouches-du-Rhône semblent être liés à des règlements de comptes. Le grand banditisme, c'est une activité qui demeure pour les machines à sous, mais surtout pour le trafic de stupéfiants. On le voit avec l'augmentation des saisies opérées par la police, la gendarmerie ou les douanes. Nous accentuons notre effort dans ce domaine, mais il y a également une hausse du trafic.