Sous les ors de la préfecture, les ténors locaux de la politique côtoient les élus anonymes dans d'interminables files d'attente. Un rang pour voter, l'autre pour le remboursement des frais de déplacement. Hier, 3 062 grands électeurs se sont déplacés pour le vote. Peu d'entre eux manquent à l'appel : en 1998, lors du dernier scrutin, seuls 21 se sont abstenus. Le vote est obligatoire, sous peine d'une amende de 100 euros, mais c'est surtout l'occasion rêvée pour les maires des petites communes de se faire entendre.
« Les deux candidats principaux sont venus nous voir, raconte Luc Agostini, maire de Saint-Andiol, 3 150 habitants. Nous n'avons que sept grands électeurs, mais le scrutin est serré... On en a profité pour évoquer nos besoins, notamment en infrastructures. » Pour l'élu sans étiquette mais penchant à droite, ces visites sont déterminantes. « On n'oublie pas sa famille politique, mais on n'oublie pas non plus l'enjeu local. La commune doit aussi y trouver son compte. » Les élus d'Eyragues, 3 900 âmes, ont tranché : la mairie étant sans étiquette, les quinze grands électeurs répartiront leurs voix en fonction des résultats du village aux élections nationales. Pour l'occasion, l'ensemble des conseillers municipaux - et leurs conjoints - a fait le déplacement jusqu'à Marseille, en autocar. « C'est une façon de remercier les élus, explique Max Gilles, le maire. On a voté, et maintenant, c'est le moment terrible de la bouille ! » Tradition locale des élections sénatoriales, plusieurs maires des petites communes du département profitent de cette virée marseillaise pour s'offrir une bouillabaisse. Eyragues a choisi les Goudes pour son gueuleton républicain. « On vit à 100 km d'ici, alors, quitte à venir jusqu'ici , on en profite ! »