Un chirurgien « qui pratique une médecine de garage », « parfaitement conscient de l'illégalité de ses actes » et « d'un mépris total pour les autres ». Le tribunal de Marseille a cloué au pilori hier l'ex-dr Maure, le condamnant à trois ans de prison ferme, pour avoir mutilé ses patientes dans des opérations de chirurgie esthétique pour lesquelles il n'avait ni la compétence ni le matériel requis. « Les patientes étaient exposées à un risque immédiat de mort ou de séquelles gravissimes », assène Vincent Turbeaux, président du tribunal. Maure opérait seul, sous anesthésie locale, causant d'atroces douleurs. « La plupart des vrais chirurgiens esthétiques travaillent sous anesthésie générale », souligne Vincent Turbeaux. Mais une cela supposait d'embaucher un anesthésiste-réanimateur. Et pour le tribunal, « un spécialiste n'aurait pas accepté de travailler » dans la « clinique » du dr Maure.
Poursuivi par plus de 90 patientes, Maure était inculpé notamment de « blessures involontaires ». Celles-ci n'ont été reconnues que dans cinq cas. En revanche, il a été systématiquement condamné pour mise en danger délibérée de la vie d'autrui, tromperie et publicité mensongère. Le tribunal a ordonné à Maure de verser immédiatement des indemnisations à ses victimes, de 2 000 à 12 000 euros par personne. Dans la salle des pas perdus, Sandrine, jeune mère de famille de 25 ans, souffre encore de ses implants mammaires, réalisés par Maure en 2002. « Ça me fait toujours mal, j'ai encore des cicatrices et des fils, je n'ai pas pu allaiter mes enfants. » Faute d'argent, elle n'a pas encore été réopérée et attend d'être indemnisée. Mais l'attente pourrait être longue : « Maure s'est organisé pour être insolvable », accuse Jérôme Rambaldi, avocat de douze victimes. « Depuis quatre ans qu'il ne peut plus exercer, mon client a vu son patrimoine fondre comme neige au soleil » réplique Dominique Ramirez, avocat de Michel Maure. Dénonçant une « décision injuste », Me Ramirez a annoncé que son client fera appel du jugement.