Marseille: Incivisme, moyens trop importants, trop peu de tri... Les raisons du coût exorbitant des déchets

DÉCHETS La chambre régionale des comptes pointe du doigt un coût kilométrique de collecte cinq fois supérieur à la normale, et des quantités de déchets ramassés deux fois plus importantes à Marseille qu’à Lyon…

Adrien Max

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Illustration de poubelle, ici à Marseille. Des cartons y sont déposés, alors qu'une borne de recyclage est toute proche.

Illustration de poubelle, ici à Marseille. Des cartons y sont déposés, alors qu'une borne de recyclage est toute proche. — Jean Saint-Marc / 20 Minutes

  • La chambre régionale des comptes considère que les prix de la collecte par habitant et pas kilomètre de voirie sont trop élevés.
  • Trop de personnel serait dévoué à la collecte des déchets.
  • Des solutions existent, comme le tri ou les bennes à levée latérale, mais avec une durée de 6 ans pour les marchés publics, les gains de productivité obtenus pourraient être limités.

Les déchets font encore et toujours parler à Marseille. Dans un rapport rendu public jeudi dernier, la chambre régionale des comptes pointe du doigt la mauvaise gestion en matière de déchet d' Aix- Marseille Métropole. Ce rapport avait été commandé par le préfet des Bouches-du-Rhône aux vues de l’importance du montant des marchés renouvelés cette année, 315 millions d’euros, et de l’impact sur le budget de la Métropole.

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Un prix moyen au nombre d’habitants trop élevé. Le rapport de la chambre régionale des comptes (CRC) pointe du doigt un prix moyen calculé par habitants très élevé. « Il résulte de ce que la quantité de déchets collectés est anormalement élevée à Marseille : elle se situe ainsi à un niveau presque deux fois supérieur à celui constaté à Lyon », explique le rapport.

Un syndicaliste de Derichebourg, une des sociétés en charge de la collecte, confirme :

C’est sûr que si les mêmes moyens étaient alloués en Suisse ce serait trop, mais à Marseille, avec les incivilités, c’est nécessaire. Allez faire un tour autour du marché aux puces et vous verrez ce qu’il y a à ramasser.

Le prix moyen des prestations de propreté ramené au kilomètre de voirie. Il est cinq fois supérieur à ce qui devrait être normal, soit un peu plus de 90.000 euros dans la métropole marseillaise, alors que l’association des villes pour la propreté urbaine estime qu’il devrait revenir à 13.000 euros par kilomètre de voirie. « Il résulterait de la mobilisation de moyens importants imposée par la métropole pour obtenir des résultats similaires à ceux constatés dans d’autres villes », écrit la chambre régionale des comptes dans le rapport.

Pourtant, toujours selon le syndicaliste de Dérichebourg, des économies ont été réalisées : « Redessiner les lots 2 et 3 à permis d’économiser un roulement de camion, donc d’importantes économies. » Qu’en était-il, alors, du coût par kilomètre de voirie avant ses économies ?

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Trop de personnel. Un cabinet qui avait conseillé la métropole dans la transmission des marchés avait déjà pointé du doigt un sureffectif. Pourtant, pour ces nouveaux marchés, les entreprises qui proposaient de mobiliser le plus de moyens humains ont été retenues. « Des économies pourraient être réalisées en 2018, à condition que les agents anciennement affectés à la propreté du 1er arrondissement soient reclassés sur des postes devenus vacants », préconise le rapport.

Des solutions existent. Les prix trop élevés de collectes de déchets par habitants ou par kilomètre de voirie sont la conséquence directe du manque de développement des modes de collectes alternatifs, comme le tri sélectif, les bennes à levée latérale, qui nécessitent moins de personnels, et le développement des déchetteries.

Mais attention, la durée des marchés sur la collecte et la propreté de six ans, pourrait poser problème. « La durée retenue pour les nouveaux marchés est trop longue pour permettre à la Métropole de bénéficier pleinement des gains de productivité qui résulteront du développement des modes de collecte alternatif », prévient le rapport.

Contactée, la Métropole d’Aix-Marseille n’a pas souhaité donner suite à nos demandes d’interview et s’est contentée d’un communiqué dans lequel elle dit s’inscrire « dans une démarche d’amélioration du résultat pour atteindre son objectif de propreté. » Mais à quel prix ? Beaucoup plus cher qu’ailleurs visiblement.