Le portail n’est plus bleu, comme à l’origine, mais les deux chevaux, emblématiques, sont toujours là. Au détour d’une petite route, sur les hauteurs de Ramatuelle, quelques badauds et journalistes ralentissent devant la demeure, que l’on devine somptueuse, sur un immense terrain, mais qu’on peine à distinguer, cachée par ce grand portail. Cette villa, tous les gens du coin la connaissent sous le nom de Lorada, de la contraction des prénoms David et Laura, les deux enfants de Johnny Hallyday.

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« C’était son bébé », se souvient Alain Morisse. L’architecte varois a conçu avec son père cette villa dans laquelle Johnny Hallyday a élu domicile pendant plus de dix ans, y enregistrant notamment son album éponyme. Une maison qu’il avait décidé de bâtir après être tombé amoureux du golfe de Saint-Tropez, alors très jeune, en compagnie de Sacha Distel. Comme il le confiait au micro de Julien Courbet, il s’était alors promis de s’installer ici dès qu’il aurait suffisamment d’argent.

« Une maison à son image »

Cinq chambres, un studio pour son fils, une piscine si somptueuse « qu’on ne pensait jamais la réaliser », confie Alain Morisse avec amusement, équipée notamment d’un bar avec frigo caché derrière la cascade formée par l’eau du jacuzzi, le tout afin de siroter tranquillement un cocktail en se baignant. Un terrain de pétanque aux dimensions des terrains de compétition, une salle de sport qui occupe le sous-sol et donc un studio d’enregistrement.

Le tout dans un style mexicain, avec une décoration truffée d’Indiens et autres références au Far West. Un aigle était même dessiné au fond de la piscine. « On aurait pu tourner un western dedans », sourit avec tendresse Alain Morisse. « Johnny voulait une maison à son image, donnant du rêve et du voyage. Il souhaitait aussi de l’espace car il aimait recevoir, il y avait toujours beaucoup de monde dans cette villa. » L’artiste y récolte même son vin et son huile d’olive, étiquetés « Lorada » bien sûr.

Une bouteille de vin et son étiquette Lorada, produite sur le domaine de Johnny Hallyday
Une bouteille de vin et son étiquette Lorada, produite sur le domaine de Johnny Hallyday - Mathilde Ceilles / 20 Minutes

« Il était très accessible »

Ce mercredi matin, Alain Morisse était évidemment triste d’apprendre le décès d’un homme avec lequel il a travaillé en étroite collaboration pendant plusieurs années. « Quand on construit une maison comme ça, on partage la vie des gens, on rentre dans leur intimité. Johnny avait notre numéro privé, il pouvait appeler à la maison à minuit pour dire : " j’ai une nouvelle idée pour la Lorada " ».

Aujourd’hui, l’architecte loue la gentillesse et la simplicité du chanteur. « Il était pieds nus dans sa maison, en jean et débardeur. Pendant le chantier, il saluait tous les ouvriers, avec toujours un mot gentil. Il était très accessible. Il nous a invités à ses concerts dans le coin. Mes parents sont même allés le voir à Bercy, et ont eu accès au backstage pour le saluer, avec une coupe de champagne. »

Un mariage grandiose avec Adeline

Avec sa sœur et ses parents, le Varois faisait même partie de la liste des centaines de convives au mariage de la star avec Adeline Blondieau à Ramatuelle, en 1990 « On était à la table de Régine et de son mari. C’était… grandiose, il y avait énormément de monde. Johnny a même pris le micro pour faire deux trois chansons ! » C’était aussi la fin d’un marathon pour Alain Morisse et son papa Roland, qui s’étaient engagés à livrer la maison pour la nuit de noces, soit un chantier express d’un an et demi.

Le mariage de Johnny Hallydau
Le mariage de Johnny Hallydau - Gérard Julien / AFP

C’est loin d’être le seul mariage « jet-set » qu’a connu le village varois huppé, résidence notamment de Juliette Gréco ou de France Gall,. Mais ce jour a marqué l’actuel édile de Ramatuelle, Roland Bruno, alors adjoint au maire. « C’était la folie, il y avait du monde partout, des journalistes sur les toits de la maison en face de la mairie ! », se souvient-il.

Lorada et nuits tropéziennes

Lui aussi retient l’image d’un homme simple, apprécié de ses administrés et qui a beaucoup fait travailler les gens de la région. « J’en discutais récemment avec le boucher du village, Serge Rieu. Il me racontait que Johnny réunissait chez lui une fois par an les principales personnes chez qui il se ravitaillait et il leur faisait passer une journée ensemble. C’était quelqu’un de bien. »

Et d’ajouter : « La Lorada à Ramatuelle lui permettait de se ressourcer, se mettre au calme après les fêtes à Saint-Tropez. » Car Johnny Hallyday sur la Côte d’Azur, c’était aussi de longues soirées passées dans les restaurants branchés et boîtes de Saint-Tropez, ou encore chez son ami Eddy Barclay, également habitant de Ramatuelle.

« Il pouvait aller loin et se brûler les ailes »

« Quand on le voyait de jour, on imaginait la nuit qu’il venait de passer », confie Patrice de Colmont. Ce dernier est le propriétaire du Club 55, célèbre restaurant de Saint-Tropez, sur la plage de Pampelonne. Johnny Hallyday était devenu un client régulier et fidèle, fréquentant l’établissement au déjeuner entre 15 et 30 fois par an. « Johnny était dans l’excès, c’était un homme très doux, mais il pouvait aller loin et se brûler les ailes. C’était un cheval sauvage. Mais je ne l’ai jamais vu refuser un autographe. » Le chanteur venait rarement en petit comité dans l’établissement, préférant les grandes tablées. « Il était généreux, et toujours entouré de sa garde rapprochée. »

Dans le golfe de Saint-Tropez, chaque sortie de la star était scrutée par les paparazzis et ses fans. « Il y avait des dizaines et dizaines de personnes massées devant la villa, on ne pouvait parfois même pas rentrer », se souvient Alain Morisse. Déjà pendant les travaux, des groupies s’arrangeaient pour pénétrer dans la villa et voler les coussins de la terrasse, brodés avec la mention Lorada. « Il y avait toujours des fans, c’était fou ! », renchérit Roland Bruno.

« Johnny a laissé quelque chose à Ramatuelle »

En 2000, la star tourne la page varoise, moins pour un désir d’anonymat qu’à cause de déboires fiscaux, comme il l’évoquait dans l'Express. Des problèmes d’argent contraignent le chanteur à vendre sa villa qu’il a construit avec tant de coeur. Une décision qui a beaucoup surpris ceux qui l’ont côtoyé ici, et notamment Alain Morisse.

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Mais des années après, son souvenir reste intact dans ce coin de la Côte d’Azur, qu’il aimait parcourir à moto avec ses amis bikers. Avec bientôt un hommage de Ramatuelle, à travers une rue Johnny-Hallyday par exemple ? La question ne s’est pas encore posée, mais le maire de la commune ne l’exclut pas. « Peut-être ça arrivera. Johnny a laissé quelque chose à Ramatuelle. »