VIDEO. Marseille veut utiliser les données informatiques pour une ville plus sûre... Big Brother ou prouesse technologique?

SECURITE La ville de Marseille est la première en France à vouloir utiliser le Big data pour améliorer la sécurité. Certains craignent une atteinte aux libertés, façon Big Brother…

Mathilde Ceilles

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Marseille, le 3 dÈcembre 2014, visite du centre de supervision urbain.

Marseille, le 3 dÈcembre 2014, visite du centre de supervision urbain. — MickaÎl Penverne / 20 Minutes

  • Marseille lance sa « big data de la sécurité ».
  • Elle est la première ville à utiliser des données afin de renforcer la sécurité.
  • Certains craignent une atteinte aux libertés individuelles.

C’est une première en France, peut-être même en Europe. A compter du premier trimestre 2018, Marseille  a pour ambition d’utiliser les données numériques pour améliorer la sécurité des Marseillais, et même prédire certains événements avant qu’ils se produisent.

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Pour cela, la municipalité, et en particulier son adjointe déléguée à la sécurité publique et à la prévention de la délinquance Caroline Pozmentier, mise sur le Big data. Ce terme désigne une masse monumentale de données informatiques que Marseille aimerait voir traitées via une plateforme technologique dédiée.

Vidéosurveillance et mains courantes

Aujourd’hui, des centaines de données informatiques sont collectées par différents services, comme les images de vidéosurveillance ou des caméras de la RTM, les mains courantes des services constatant des faits de dégradation de biens publics, les données des marins-pompiers collectées au fil des interventions, les données fournies par la circulation ou encore les réseaux sociaux.

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« Nous pensons aussi mettre des capteurs sonores pour détecter des comportements anormaux », précise Caroline Pozmentier. L’idée est de croiser ces différentes données avec une ambition : anticiper les éventuelles déconvenues qui pourraient survenir pour améliorer la gestion de l’espace public.

Des données pour prédire

Ainsi, à titre d’exemple, avant une manifestation ou un match de football, la municipalité pourrait se fonder sur ces données collectées précédemment pour estimer le nombre de policiers municipaux à mobiliser en fonction du danger potentiel estimé. Ces données permettraient également d’aider à prendre des décisions dans des situations de « crise ».

« C’est comme si on réunissait dans une même pièce, en temps réel, un responsable du bataillon des marins-pompiers de Marseille, le directeur de la sécurité publique, le directeur du Samu et les élus compétents, se réjouit Caroline Pozmentier. Le traitement de ces données n’est pas à des fins d’enquête, c’est une aide à la décision afin d’avoir une meilleure coordination et une meilleure anticipation. »

« On vous traque »

D’un montant de 1,5 million d’euros, dont 600.000 euros financés par l’Union Européenne, le dispositif sera piloté par Engie Ineo. Ces données informatiques seront accessibles comme telles à un petit groupe de personnes au sein de la mairie. Mais la philosophie du projet inquiète certains.

« Au niveau des données personnelles, c’est une horreur, affirme Thierry Vallat, avocat spécialisé en droit numérique. On vous scanne en permanence, on vous traque, on sait où vous allez. On est de moins en moins libre avec ce type de procédés, devenus très intrusifs dans l’intimité de chacun. »

Des données anonymisées

« On bascule dans le modèle de la ville panoptique, avec des outils qui permettent d’être quasiment omniscient, renchérit Félix Tréguer, membre fondateur de la quadrature du Net. Il y a une logique de surveillance massive et totale de la population pour mieux repérer les auteurs d’infraction. Quant aux algorithmes prédictifs, un certain nombre d’études a montré que ça ne fait que redire des choses déjà observables, voire induire en erreur les policiers, l’algorithme ayant ses propres biais. »

Face à ces craintes, Caroline Pozmentier se veut rassurante. « Les données seront anonymes, et je suis particulièrement attachée à la protection des données personnelles, Marseille n’a pas à rougir en la matière. Et la Cnil n’est jamais très loin ». Le traitement des données informatiques est en effet strictement réglementé par la loi, comme le rappelle Philippe Michel, CEO de la start-up Magush Data Respect. « Le 25 mai 2018, une nouvelle réglementation européenne va entrer en vigueur pour protéger les données de tous les citoyens de l’UE, sous peine d’importantes sanctions relativement dissuasives. Quelle chance on a d’être européen, quand on sait qu’aux USA, les données sont des marchandises… »