• La ville de Marseille dispose de 12 piscines municipales pour 444 écoles. 
  • Le rectorat tente de bricoler pour assurer l'enseignement de la natation au CE2.
  • Conséquence, un enfant marseillais sur deux ne sait pas nager à son arrivée en sixième.

« Tout se passe bien, nos élèves vont à la piscine. » A première vue, rien d’anormal dans cette école primaire de la Castellane, dans les quartiers Nord de Marseille ( Bouches-du-Rhône). Rien d’anormal pour une situation pas tout à fait normale. Depuis plusieurs années, la ville de Marseille manque cruellement de piscines municipales, comme l’a souligné le New York Times dans un récent article : 12 piscines municipales pour 444 écoles.

« Il y a une quinzaine d’années, les initiations avaient lieu à l’école maternelle et les premiers cours de natation étaient dispensés toute l’année en CP », se souvient cette enseignante qui a souhaité conserver l’anonymat. Et aujourd’hui alors ? « Ils ont une initiation en CE1, puis des cours de piscine en CE2. C’est trop tard de commencer à apprendre à nager à huit ans », considère l’enseignante. La situation devient tout de suite moins normale, en comparant avec quelques années en arrière.

Brigade bleue

Elle confirme les chiffres du New York Times : près d’un enfant sur deux ne sait pas nager à Marseille lors de son arrivée en sixième. Ce chiffre passe même à deux enfants sur trois dans les quartiers Nord. « Beaucoup de profs de collèges se tirent les cheveux parce qu’aucun de leurs élèves ne sait nager », concède-t-elle.

Une situation dont le rectorat a conscience. Obligé de dispenser des cours de piscine dans le cadre du « savoir nager », il doit bricoler face à ce manque d’équipements publics. « C’est vrai que nous privilégions l’accès aux piscines pour les CE2, afin d’être sûr que tous les élèves de Marseille de ce niveau puissent avoir accès à dix séquences », explique le rectorat.

Il concède que cela demande une coordination spécifique. La « brigade bleue » a été spécialement créée pour faire face à ce manque, une brigade unique en France. « Nous avons mobilisé sept enseignants pour le " savoir nager ", pour accompagner les classes qui vont à la piscine. Ainsi, même s’il manque du personnel municipal comme des maîtres nageurs dans les piscines, le cours a quand même lieu grâce à notre renfort. » Un dispositif mis en place dans le but d’éviter aux élèves de louper des séquences, en supprimer une serait définitif aux vues des plannings ultra-serrés.

La majorité des piscines au Nord

Richard Miron, l’élu en charge des sports à la ville de Marseille, reconnaît que les choses ne sont pas faciles. Mais qu’elles sont loin d’être problématiques. « Des piscines sont en cours de rénovation et deux seront prochainement construites », explique-t-il. Il conteste cependant les chiffres selon lesquels un enfant marseillais sur deux ne saurait pas nager, pourtant donné par l’éducation nationale en 2013.

Il considère que la mairie ne peut pas tout faire : « Moi c’est ma mère qui m’a appris à nager. Les enfants ont la possibilité de s’inscrire dans des clubs de natation en dehors de l’école », argumente l’élu. Il rappelle également que la majorité des piscines sont dans les quartiers Nord, et que pourtant, ce sont les moins fréquentées. Peut-être, justement, parce que cette population ne sait pas nager.