Alcool: Un tire-bouchon sur une campagne contre le cancer, les vignerons se sentent «stigmatisés»

SANTE Les viticulteurs dénoncent une stigmatisation du vin dans cette campagne où apparaît un tire-bouchon…

Mathilde Ceilles

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Illustration d'un homme en train de déguster un verre de vin.

Illustration d'un homme en train de déguster un verre de vin. — Jean-Pierre Muller AFP/Archives

Plus de 15.000 chaque année. Face au nombre de décès par cancers imputables à l’alcool, l’institut national contre le cancer a lancé une nouvelle campagne de prévention il y a une semaine. Le message ? « Réduire sa consommation d’alcool diminue le risque de cancers, franchement, c’est pas la mer à boire », accompagné d’un tire-bouchon.

Mais c’est là que le bât blesse. Certains vignerons, notamment en région Paca, se sentent particulièrement visés par cette campagne. « Nous ne pouvons pas accepter que le vin soit stigmatisé, explique Christophe Durdilly, président du syndicat des vignerons indépendants du Var. Or, qu’est-ce qu’on ouvre avec un tire-bouchon ? Pourquoi un tire-bouchon et pas une capsule ? »

Huit millions d'euros

« Ce n’est pas la première fois qu’on a ce problème, où l’on associe le risque de cancer imputé à l’alcool à un verre de vin », abonde Eric Rosaz, délégué général d’Inter Rhône. Cet organisme interprofessionnel regroupe l’ensemble de la filière viti-vinicole des AOC de la vallée du Rhône, dont le siège est à Avignon dans le Vaucluse. Et de s’inquiéter : « Quelle est potentiellement la conséquence sur la consommation à moyen ou long terme ? »

Cette polémique soulève une vieille question : comment faire de la prévention sur la consommation excessive d’alcool, tout en ménageant les intérêts d’une importante filière économique française génératrice d’importants revenus ? Selon les chiffres du ministère de l’Action et des comptes publics, la filière viti-vinicole exporte en effet près de huit milliards d’euros de vins chaque année. « Ne nous tirons pas une balle dans le pied, plaide Christophe Durdilly. Notre vin est une richesse : c’est de la culture, de l’économie, du patrimoine, du tourisme. En plus il est inscrit au patrimoine immatériel de l’Unesco grâce au repas gastronomique des Français. »

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« Nous faisons de la pédagogie au quotidien »

« Ce paradoxe est très ancien, analyse Eric Rosaz. Comment concilier une politique de santé publique ambitieuse avec la fierté de la filière viticole ? Je pense qu’on peut mener les deux en même temps, en prônant la modération de la consommation du vin. La filière viticole a parfaitement conscience de ses responsabilités ». Dans son exploitation, Christophe Durdilly l’assure : « Nous faisons de la pédagogie au quotidien lors de la vente du vin. La consommation de vin s’inscrit plus sur le registre de l’initiation, de l’éducation. C’est aussi de l’histoire et de la géographie. »

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Contacté, l’institut national contre le cancer n’a pas souhaité s’exprimer sur ce sujet, indiquant ne pas faire une « campagne pour ou contre », mais vouloir diffuser un message pour inciter à « limiter la consommation d’alcool et non arrêter. »