Plan anti-kebab à Marseille: Reportage dans le centre-ville, entre boboïsation et «repas du pauvre»

REPORTAGE Alors que la municipalité veut préempter les baux commerciaux de certains commerces du centre-ville, les habitants sont divisés...

Adrien Max

— 

Une ruelle dans le quartier de Noailles à Marseille.

Une ruelle dans le quartier de Noailles à Marseille. — Adrien Max / 20 Minutes

  • La mairie veut préempter les baux commerciaux de certains commerces du centre-ville de Marseille pour choisir les futurs commerçants.
  • Les habitants sont divisés entre la volonté d’améliorer le centre-ville et la peur d’une trop forte gentrification.

« Il y en a trop, on se croirait au bled », « Heureusement qu’il y en a, les gens peuvent manger pour pas cher ». Autant de réactions diverses et variées des habitants du centre-ville de Marseille lorsque la question de savoir s’il y a trop de kebabs, de bazar et de taxiphone, leur est posée. Des commerces qui sont dans le viseur de la mairie, depuis qu’elle a lancé son plan « anti-kebab ».

Elle a instauré lundi dernier en conseil municipal, un droit de préemption sur les baux commerciaux. Il n’y aura donc pas d’expulsion, mais la municipalité veut pouvoir choisir les nouveaux commerces qui s’installeront. « On assume ne plus vouloir certains types de commerces comme les snacks et les magasins de téléphonie pour privilégier les commerces de bouche de qualité ou les artisans », explique à La Marseillaise le patron de la majorité LR, Yves Moraine.

>> A lire aussi : Marseille: Les déchetteries bloquées par un mouvement de grève

« On se croirait au bled »

Dans le quartier populaire de Noailles, dans le centre-ville, les bazars, kebabs et taxiphones sont légion. Benmerabet, 36 ans, a toujours vécu dans le quartier et semble nostalgique du bon vieux temps. « Avant il y avait un tabac, un café, un corse. Aujourd’hui on se croirait au bled », explique-t-il. Hamdani Seddick, propriétaire du bar de la marée depuis 20 ans, partage cet avis. « Il y en a beaucoup trop. Ça a chassé notre clientèle et maintenant c’est devenu un repaire de voyou. ».

Une pizzeria dans le quartier de Noailles
Une pizzeria dans le quartier de Noailles - Adrien Max / 20 Minutes

 

Selon lui, la mairie a aussi une part de responsabilité. « Depuis le second mandat de Gaudin, ils ont laissé faire n’importe quoi. La canebière est connue mondialement, et pourtant vous ne trouvez que des kebabs », se désole-t-il assis à une table de son bar, qui a perdu plus de 30 % de son chiffre d’affaires.

>> A lire aussi : VIDEO. Marseille: Kof, kof... Des écoliers interpellent les députés sur la pollution de l'air

Pauvreté et chômage

Sur la place du marché de Noailles, Rafik, 51 ans, et Mostefa, 43 ans, contemple la saleté ambiante. Pour eux, les kebabs, bazars et taxiphones ont pris une part trop importante dans le centre-ville. « Ils attirent les problèmes et ne font pas partie de l’identité de la ville. Donc on est pour qu’il y en ait moins, pour que la ville soit plus propre et pour qu’elle ait une meilleure image », expliquent-ils.

La carte d'un kebab de Marseille, où les prix permettent aux plus modestes de venir manger.
La carte d'un kebab de Marseille, où les prix permettent aux plus modestes de venir manger. - Adrien Max / 20 Minutes

Mais ils n’oublient pas que s’il y en a autant, c’est aussi et surtout parce qu’il y a de bonnes raisons. « C’est un quartier populaire, les gens sont pauvres. Là ils ont la possibilité de manger pour trois ou quatre euros. » Les problèmes d’emplois sont aussi une raison à la prolifération de ces commerces. « Les jeunes galèrent à trouver du travail. Plutôt que de rester à la maison à ne rien faire, ils ouvrent des snacks et font travailler la famille. », avancent les deux hommes.

>> A lire aussi : Marseille : Les restaurants de plages avalés par le projet de la mairie

Vitrine pour touristes

Salim, 33 ans, est commerçant sur le boulevard Dugommier, une perpendiculaire de la Canebière. Heureusement qu’il y a des kebabs, selon lui. « Ça ne coûte pas cher, tout le monde peut manger. Le kebab c’est le repas du pauvre. S’ils installent des restaurants, les gens ne pourront pas y aller. »

Un kebab sur la canebière où les familles se retrouvent.
Un kebab sur la canebière où les familles se retrouvent. - Adrien Max / 20 Minutes

C’est bien la crainte de certains habitants. S’ils s’accordent sur la nécessité de plus de propreté et de sécurité dans le centre-ville, ils craignent aussi une gentrification du quartier. « A chaque fois c’est les quartiers arabes qui sont visés. Ils ont fait la même chose à Paris et à Bordeaux. », pense Marie, 28 ans. Fabien, 24 ans, est du même avis, et cette stratégie a déjà bien démarré. « Les kebabs sont un prétexte, ils veulent faire comme à la Joliette avec les Terrasses du port [Un centre commercial flambant neuf pour les croisiéristes]. C’est juste une vitrine de la ville pour les touristes. » Vitrines pour touristes ou volonté de faire évoluer Marseille pour ses habitants, la mairie prévoit d’investir 1,5 million d’euros dans ce plan « anti-kebab ».