VIDEO. Alpes-de-Haute-Provence: Pour protéger les abeilles tuées pendant la récolte de lavande, ils mettent au point un kit

ECOSYSTEME Baptisé chasse-abeilles, ce dispositif évite aux producteurs de lavande de tuer les abeilles... 

Mathilde Ceilles

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Une abeille butinant de la lavande

Une abeille butinant de la lavande — Frederick Florin / AFP

  • Au moment de la récolte de lavande, des milliers d'abeille meurent broyés dans les machines
  • Des ingénieurs ont mis au point une barre qui effleure le brin avant d'être coupé
  • L'abeille ainsi s'envole avant le passage de la machine. 

C’est une petite barre qui ne suffira sûrement pas à sauver les abeilles, mais qui pourrait participer à leur préservation. Dans les Alpes-de-Haute-Provence, plusieurs lavandiculteurs se sont portés volontaires pour tester le tout nouveau kit chasse-abeilles en cette période de récoltes.

Quel est le problème ?

Pour récolter la fleur de lavande, le brin est coupé par une machine. Le hic, c’est que l’abeille, si elle butine, a les capacités de s’agripper à la fleur. Aussi, jusqu’ici, les abeilles se retrouvaient prisonnières dans les bouquets de lavande et mourraient broyées. « On a voulu mesurer l’ampleur de ce phénomène, et on a constaté que 30 à 40.000 abeilles par hectare se retrouvaient ainsi capturées », explique Pascal Jourdan, directeur de l’association pour le développement de l’apiculture provençale (Adapi). Or, le miel de lavande reste une denrée prisée des apiculteurs. « C’est un miel de très haut de gamme, assez rare et parmi les plus chers de France, poursuit Pascal Jourdan. C’est également une miellée régulière, à la récolte assurée. »

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En raison du réchauffement climatique et de certains insecticides récemment mis en lumière par le gouvernement, les apiculteurs des Alpes-de-Haute-Provence font déjà face à un affaiblissement des colonies. Pour éviter que la culture de la lavande aggrave la situation, des ingénieurs ont réfléchi à un système permettant de mieux préserver les abeilles pendant les récoltes.

Comment ça marche ?

Pour cela, des ingénieurs du Centre régionalisé interprofessionnel d’expérimentation en plantes à parfum aromatiques et médicinales (Crieppam) ont mis au point une sorte de barre qui, une fois reliée à la machine qui récolte la lavande, frôle légèrement le brin avant de le couper, « comme si on passait la main sur la fleur », explique Bert Candaele, l’un des ingénieurs au Crieppam à l’origine de ce kit. L’abeille ainsi s’échappe avant le passage de la machine. « Il s’installe en cinq minutes, il suffit de le visser sur la machine », affirme-t-il.

Vue d'en haute du Chasse-Abeilles
Vue d'en haute du Chasse-Abeilles - Bert CANDAELE / CRIEPPAM

Ce n’est pas la première fois que le Crieppam cherche à résoudre ce problème. Il y a quelques années, un premier dispositif avait été testé, sans être adopté par les agriculteurs, car il gênait leur vision et les empêchait de voir les éventuelles pierres sur le chemin qui peuvent abîmer les machines.

Les premiers tests réalisés l’année dernière sont plutôt concluants, puisque Bert Candaele affirme que le nombre d’abeilles aspirées par la récolteuse baisse de moitié grâce au chasse-abeilles. « Il est impossible d’arriver à 0 % puisque certaines abeilles en fin de vie ne s’envolent pas », précise-t-il. Pour sa première mise en service, le kit va être exploité sur environ 1.500 hectares

Combien ça coûte ?

Le kit, commercialisé par Clier, société des Alpes-de-Haute-Provence qui vend des récolteuses, coûte 350 euros. Toutefois, les 25 premiers kits ont été acquis gratuitement, les frais étant pris en charge par la Fondation Crédit agricole Paca, l’Occitane et les Caisses locales du Crédit agricole de la Drôme.

Qu’en pensent les volontaires ?

« La question est délicate, car les abeilles n’appartiennent pas aux agriculteurs, il est parfois difficile de les sensibiliser, reconnaît Bert Candaele. Il est important de réconcilier agriculteurs et apiculteurs »

« Moi, directement, ça ne va rien m’apporter, explique Bernard Borel, un volontaire qui cultive 60 hectares de lavande à Banon. Mais c’est un geste envers les apiculteurs. On est regardé comme des gens qui polluent. Mais l’agriculture a évolué. Les lavandiculteurs ont besoin des apiculteurs et les apiculteurs des lavandiculteurs, et on est là pour faire en sorte que le problème diminue. »

A la veille de la retraite, Jean-Paul Pelissier le reconnaît lui-même : « Vous m’auriez posé la question il y a dix ans… Je n’étais pas sensibilisé aux abeilles. Mais il faut voir les choses autrement aujourd’hui. ». Lavandiculteur à La Rochegiron depuis 40 ans, ce dernier a tenu à être volontaire et utilisera le kit sur son exploitation de lavande de 150 hectares, pour une raison toute personnelle. « C’est fabuleux d’entendre, au lever du jour, après la rosée, les abeilles sortir de la ruche, et je veux pouvoir encore profiter de ces petites choses qui font la vie. »