Migrants: Devant le juge, Cédric Herrou dit avoir «l'impression de faire le travail de l'Etat»

JUSTICE Celui qui est devenu le symbole de l’aide aux migrants était jugé en appel à Aix-en-Provence ce lundi…

Mathilde Ceilles

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Cédric Herrou à son procès en appel

Cédric Herrou à son procès en appel — Mathilde Ceilles / 20 Minutes

« Vous vivez seul ? », demande le président Bernard Jacob. « Euh… ». Quelques sourires s’esquissent dans la salle de la cour d’appel d’Aix-en-Provence. Ce lundi matin même, une centaine de migrants se trouvait au domicile de Cédric Herrou. L’agriculteur bio de Breil-sur-Roya (Alpes-Maritimes) est devenu un des symboles de l’aide apportée aux migrants à la frontière franco-italienne.

Connu notamment pour avoir transporté des étrangers depuis l’Italie et aidé jusqu’à 200 d’entre eux, il a été condamné en première instance le 10 février dernier pour aide à l’immigration clandestine à une peine d’amende avec sursis. Il avait été relaxé pour tout le reste de son action de secours, notamment le squat en octobre d’une ancienne colonie de vacances SNCF inoccupée pour y reloger une soixantaine d’Erythréens, dont la moitié de mineurs, qui campaient avant chez lui. Mais le parquet de Nice a fait appel, ainsi que la SNCF… et Cédric Herrou lui-même qui demande la relaxe, se disant « innocent ».

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« J’ai l’impression de faire le travail de l’État »

Après être resté un temps avec la centaine de militants venus devant le tribunal le soutenir, Cédric Herrou s’est expliqué à la barre. « J’ai l’impression de faire le travail de l’État », justifie-t-il, affirmant notamment que les mineurs en situation isolée dans les Alpes-Maritimes n’étaient pas pris en charge par les autorités. « Il y a une réelle volonté de ne pas faire », a-t-il déclaré à 20 Minutes avant l’audience, voyant en ce procès un « audit » de la justice sur la question migratoire.

Lors de sa plaidoirie, l’avocat de Cédric Herrou, Me Zia Oloumi, a notamment rappelé la récente condamnation du préfet des Alpes-Maritimes par le tribunal administratif de Nice pour avoir porté une « atteinte grave au droit d’asile », après avoir refusé à une famille d’enregistrer une demande en ce sens. « La fraternité est le socle de la République […]. Cédric Herrou est le visage de la solidarité, poursuit l’avocat. Il y a eu un avant et un après Herrou dans cette vallée de la Roya. »

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Huit mois de prison avec sursis requis

Dans son réquisitoire, l’avocat général Christophe Raffin a quant à lui expliqué au président avoir du mal à comprendre les motivations « alambiquées » de Cédric Herrou. « Les situations de détresse [des personnes prises en charge par Cédric Herrou] ne diffèrent pas » de celles de centaines d’autres migrants, a-t-il fait valoir.

Pour se prévaloir de l’immunité humanitaire, qui relaxe sous certaines conditions l’aide aux personnes en détresse, « il faut que le moyen employé soit le seul unique, explique Raffin. Or, il existe des solutions alternatives déjà mises en œuvre par Cédric Herrou », le squat étant aujourd’hui totalement évacué. Une remarque qui n’a pas manqué de faire réagir les nombreux soutiens dans la salle… et d’agacer l’avocat général en retour. Après avoir affirmé que la peine prononcée en première instance n’était « ni adaptée, ni proportionnée » à la nature des faits, l’avocat général a requis huit mois de prison avec sursis.

L’avocate de la SNCF, Me Julie de Valkenaere, a quant à elle pointé le fait que ledit squat constituait un logement « insalubre, sans eau, ni électricité, ni chauffage » pour les migrants présents à qui Cédric Herrou faisait courir un « risque ». L’avocate a demandé des remboursements de frais d’huissier engagés ainsi que des frais de déplacement d’un agent qui s’est rendu sur le lieu du squat. L’arrêt de la cour d’appel sera rendu le 8 août prochain à 8 h 30.