VIDEO. Marseille : Un site archéologique menacé par un projet immobilier

PATRIMOINE Des Marseillais se mobilisent et organisent ce vendredi un rassemblement pour éviter de voir disparaître les colonnes antiques sous le béton…

Mathilde Ceilles

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Le site de la Corderie

Le site de la Corderie — Guy Coja

  • Dans le 7e arrondissement, un immeuble devrait sortir de terre
  • Mais sur le site, les archéologues ont découvert d’importants vestiges datant de la Grèce antique
  • Des Marseillais se rassemblent pour préserver ces reliques

Il y a fort, fort longtemps, Marseille était une cité antique phocéenne, la plus vieille ville de France. Dans le 7e arrondissement, ce passé a soudainement ressurgi, dans des circonstances inattendues. Boulevard de la Corderie est prévue, depuis plusieurs années, la construction d’un immeuble de huit étages. Mais les fouilles archéologiques préventives ordonnées par le préfet avant les premières coulées de béton ont permis de découvrir un site datant du Ve siècle avant Jésus-Christ.

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Pour éviter de voir disparaître cette carrière de la Grèce antique, des Marseillais se mobilisent et organisent ce vendredi à 18 heures un rassemblement place Joseph-Etienne dans le 7e arrondissement de la ville. « Ce site est le seul qu’on trouve en France, il n’y a pas d’équivalent, insiste Jean-Noël Bévérini, historien et soutien de cette mobilisation. Dans la partie de gauche, on trouve des sarcophages, au centre, ce qui correspond à la fabrication et l’extraction des couvercles de sarcophages, et à droite, on voit des colonnes couchées. Cherchez dans les musées de Marseille, on n’a aucune colonne ! »

Gaudin favorable à la construction de l’immeuble

« Est-ce que les Grecs font faire un immeuble sur l’acropole ? Ou imaginez un McDonald’s au milieu de la place Saint-Marc ! », s’emporte Gilbert Laurens, vice-président de la fédération des CIQ du 7e arrondissement de Marseille et membre du conseil d’administration du collectif Laisse Béton à l’origine du rassemblement. Et de s’interroger : « On a un passé vieux de 2.500 ans et on va l’enfouir ? On marche sur la tête ! C’est notre patrimoine, nos racines, et pas seulement celles de Marseille. »

Un courrier a été adressé au président de la République, ainsi qu’un mail ce mercredi à destination de Françoise Nyssen, ministre de la Culture. Une lettre ouverte a également été adressée à Jean-Claude Gaudin, sans réponse. Interrogé sur le sujet lors d’une conférence de presse, le maire a indiqué que « les constructions auront lieu. On est en train de regarder ce qu’on peut sauver ». « La mairie n’écoute pas ce que disent les citoyens, mais on va faire en sorte que ces fouilles ne soient pas recouvertes », affirme Guy Coja, coordinateur du collectif Laisse Béton.

La fin des fouilles archéologiques préventives est prévue pour dimanche, sauf si le préfet demande, comme il l’a fait ces derniers mois, une nouvelle prolongation. A la fin des fouilles, le représentant de l’Etat peut demander l’annulation de la construction de l’immeuble, ou au contraire son autorisation. Il peut enfin opter pour une solution intermédiaire : préserver une partie du site, et réserver l’autre à la construction de l’immeuble.