Boues rouges: Nicolas Hulot attendu au tournant

ENVIRONNEMENT Après avoir été interpellé par plusieurs opposants au dossier, le ministre se retrouve sommé de prendre position dans le cadre d’une procédure judiciaire…

Mathilde Ceilles

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Des "boues rouges", issues des résidus de bauxite, près de Gardanne, dans les Bouches-du-Rhône, le 8 octobre 2010

Des "boues rouges", issues des résidus de bauxite, près de Gardanne, dans les Bouches-du-Rhône, le 8 octobre 2010 — Anne-Christine Poujoulat AFP

  • Le ministre de la Transition écologique et solidaire a pris dans le passé publiquement position pour l'arrêt de ces rejets
  • Dès sa nomination, plusieurs acteurs locaux l'ont interpellé sur ce dossier
  • Un élu local somme même le ministre de prendre position dans le cadre d'une procédure judiciaire

« Je soutiens ceux qui se battent contre les rejets de boues rouges en Méditerrannée. Elle est déjà si polluée et fragile ». Ce tweet, daté du 28 janvier 2016, est signé Nicolas Hulot. Aujourd’hui, l’écologiste se retrouve à la tête du ministère de la Transition écologique et solidaire. Quelques semaines après sa prise de poste, les opposants à ce dossier ne cessent de l’interpeller, avec un seul et même espoir : faire du tout nouveau locataire de l' hôtel de Roquelaure un soutien de poids dans leur lutte.

Pour rappel, l’usine d’alumine Altéo de Gardanne (Bouches-du-Rhône), qui emploie 400 salariés, a rejeté pendant des décennies des « boues rouges » dans la Méditerranée. Elle a dû modifier ses procédés, séparant et filtrant davantage ses effluents liquides, et a obtenu fin décembre 2015 une autorisation pour poursuivre ses activités, avec un délai pour se conformer totalement aux normes, malgré la polémique qui entoure ce dossier.

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Sommé de prendre position

Face au silence du tout nouveau ministre sur lequel il avait dans le passé clairement pris position, Hervé Menchon, candidat EELV aux législatives dans la sixième circonscription des Bouches-du-Rhône, a décidé de saisir la justice. Plus précisément, après avoir demandé au préfet d’annuler cette autorisation de décembre 2015, Hervé Menchon et son avocat, Me Olivier Le Mailloux, ont entamé une procédure dite de recours hiérarchique. « Initialement, seul le préfet pouvait abroger cette autorisation, comme nous lui avions demandé », explique l’avocat. Mais sans réponse de la part du préfet, la loi permet de saisir directement le ministère.

« Le ministre a deux mois pour nous répondre, soit le 20 juillet, précise Me Le Mailloux. Nous ne voulions pas lui mettre le couteau sous la gorge, mais nous l’appelons à se positionner. Selon la loi, s’il ne répond pas, cela a valeur de refus, et il doit justifier ce refus. » « On le met au pied du mur, insiste Hervé Menchon. Soit il fait valoir ses engagements au gouvernement, soit il répond par la négative, ou il ne répond pas, et on l’attaquera. »

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Isolé ?

Le hic selon les opposants : dans le gouvernement, sur cette question, le ministre serait relativement isolé. Alors ministre de l’Economie, Emmanuel Macron avait déclaré que « la fermeture de l’usine n’est pas à l’ordre du jour. »

« Le Premier ministre ne paraît pas être un grand défenseur de l’écologie », avance Benoît Payan. Le président du groupe socialiste à la mairie de Marseille a lui aussi interpellé Nicolas Hulot à la mi-mai, lui demandant. Pour l’heure, sa requête reste sans réponse. « Il faut lui laisser le temps d’arriver », analyse l’élu.

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« On ne sait pas si Nicolas Hulot aura le temps, les moyens et le pouvoir », s’interroge Henry Augier, président de l’association Union calanques littoral. Lui aussi attend au tournant celui dont la nomination avait fait naître chez lui un « bon espoir ». Après une première lettre adressée au ministre il y a quelques semaines, sans réponse, Henry Augier a envoyé ce jeudi une seconde missive dans laquelle il propose au ministre de le rencontrer pour échanger sur la question. Dans un courrier en date du 6 juin que 20 Minutes a pu consulter, la cheffe de cabinet du ministre a répondu à Henry Augier, indiquant que Nicolas Hulot avait « pris connaissance des préoccupations » exprimées, et que, se disant « sensible » à la démarche d’Henry Augier, il l’avait chargée de « procéder à l’examen » de cette requête.