VIDEO. PACA: Cinq questions que posent les portiques de sécurité sur les quais de gare

TRANSPORTS Depuis mardi, certaines gares de la région sont équipées de ces immenses portiques visant notamment à dissuader les terroristes de commettre des attaques…

Mathilde Ceilles

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Un portique de sécurité dans une gare, ici à Paris.

Un portique de sécurité dans une gare, ici à Paris. — Bertrand Guay / Afp

C’était une promesse de Christian Estrosi, annoncée dès novembre 2016 qu’il a visiblement tenu à honorer avant de quitter définitivement la présidence de la région Paca. Depuis mardi, certaines gares de la région sont équipées de portiques de sécurité, fixes ou mobiles, après l’expérimentation menée en gare des Arcs dans le Var. On fait le point.

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C’est quoi ?

Désormais, chaque passager et personnel de la SNCF devra passer sous ses portiques de sécurité, semblables à ce que peuvent déjà connaître les usagers de l’avion. Pourra pénétrer dans le train toute personne ne détenant pas un objet dit interdit. Dans cette liste, on trouve pêle-mêle des armes à feu, des munitions, mais aussi des armes blanches dont la lame est supérieure à 60 centimètres ou des bombes lacrymogènes. Une liste qui prête à sourire Claude Jullien, vice-président de la Fédération nationale des associations d’usagers des transports de la région Paca. « Il ne manque plus que le bazooka et le char d’assaut !, s’amuse-t-il. Et puis, les personnes qui ont un couteau ou une bombe lacrymogène n’ont pas toutes des intentions malveillantes ! »

Les agents de sécurité devant les portiques en gare d'Arles.
Les agents de sécurité devant les portiques en gare d'Arles. - Adrien Max

Un argument qu’entend Philippe Tabarot, vice-président de la région Paca. Mais, selon lui, « dans le contexte dans lequel on vit aujourd’hui, avec un plan Vigipirate, chacun doit changer son comportement. » Car tel est l’objectif : faire diminuer l’insécurité liée aux agressions et aux vols, mais aussi à la menace terroriste. Seront également effectués une inspection visuelle et une fouille des bagages, ainsi qu’une palpation.

C’est où ?

Deux types de portiques de sécurité vont être installés jusqu’au mois de septembre pour une durée. Quatre portiques fixes ont d’ores et déjà mis en place à Aix-en-Provence centre, Arles, les Arcs-Draguignan et Cagnes-sur-Mer. S’ajouteront à la liste les gares d’Avignon-Centre, Menton, Nice-Saint-Augustin et Nice-Riquier d’ici le 30 septembre prochain.

Outre ces portiques fixes, des portiques mobiles, démontables en quelques minutes, seront mis en place pour permettre des contrôles inopinés à la montée ou à la descente des trains dans 39 gares sur les 147 que compte la région, comme Vitrolles, La Ciotat ou encore Marseille Blancarde.

Ça coûte combien ?

A l’annonce de cette décision, le Front national, seul groupe d’opposition à la région, avait souligné le coût d’achat de ce dispositif d’un montant de 556.000 euros. S’ajoute à ce prix le coût de fonctionnement, estimé à 5,1 millions durant treize mois. Cette durée correspond en effet au temps second d’expérimentation de cette mesure sur une plus grande étendue, après avoir testé le dispositif en gare des Arcs-Draguignan pendant plusieurs mois. « Si à l’issue de l’expérimentation, on ne reconduit pas, on les utilisera pour d’autres manifestations », assure Philippe Tabarot.

Dans un communiqué, la CGT des cheminots de Marseille dénonce un « gaspillage d’argent public » qui « pourrait servir à améliorer le service public ferroviaire en Paca ». « Ça a un coût astronomique, et dans le même temps, on supprime des contrôleurs », regrette Pascal Guglielni, délégué CGT. « Avec 5 millions d’euros, on pourrait renouveler 5 kilomètres de voie », abonde Claude Jullien. « La région Paca connaît un taux de 18 % de fraude, rétorque Philippe Tabarot. A travers la lutte contre ce phénomène, on pourrait partiellement amortir le coût. »

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Est-ce efficace ?

La mesure n’a pour le moment été testée que sur une gare. Difficile donc de répondre pour le moment à cette question, même si Philippe Tabarot affirme que le retour des usagers est bon, et que ce dispositif a permis d’intercepter des personnes portant sur elle des objets dangereux comme des machettes. « Le risque 0 n’existe pas », admet-il. La question fait fulminer Claude Jullien. « Une personne malveillante, quand elle va voir le portique, elle va juste prendre sa voiture et commettre son attentat plus loin ! ». Le dispositif couvre en effet pour le moment le tiers des gares et haltes de la région, et sa généralisation n’est pas à l’étude pour le moment selon le conseiller régional.

Quelles seront les conséquences sur mon voyage ?

Si l’on en croit les opposants à ce dispositif, ces portiques vont contraindre les usagers à venir à l’avance pour être certains d’avoir le train. « Ça crée la queue. Aux Arcs, les collègues désactivaient la machine pour que les gens puissent avoir le train à l’heure et qu’il ne parte pas en retard », affirme Pascal Guglielni. Avec en toile de fond, une crainte que formule Claude Jullien : « Les gens, s’ils voient qu’ils doivent venir dix minutes avant, ils vont préférer prendre la voiture ! ». « Nos chiffres [de fréquentation, ndlr] ne sont pas exceptionnels. Ces derniers temps, ils sont même en baisse, en raison sûrement de la fiabilité et des retards. Mais c’est aussi peut-être lié l’insécurité », avance Philippe Tabarot, qui espère que ces portiques réconcilieront les Provençaux avec le train.