On vous présente la cycliste Mathilde Gros, future star des JO (et son parcours de fou)

CYCLISME Alerte pépite ! Je répète, alerte pépite…

Jean Saint-Marc

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Mathilde Gros, talent énorme (désolé, fallait bien la faire à un moment)

Mathilde Gros, talent énorme (désolé, fallait bien la faire à un moment) — N. Tucat / AFP

  • La Provençale Mathilde Gros était basketteuse quand elle a été repérée par l’INSEP pour son potentiel physique hors du commun.
  • A 17 ans, elle vient de briller aux Mondiaux élites de cyclisme sur piste. Pour son coach, elle représente « une vraie chance de médaille pour la France aux JO de 2020 »

Le profil Twitter de Mathilde Gros est celui d’une adolescente de 17 ans comme tant d’autres. Des gifs, des emojis et des devises du style : « J’aime ce qui est difficile, le compliqué m’attire et je suis toujours amoureuse de l’impossible. » Et tout d’un coup, surgit dans son fil le message de soutien d’un certain François Pervis. Sept fois champion du monde de cyclisme sur piste, le bonhomme !

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« Mathilde n’a que 17 ans, c’est incroyable ce qu’elle fait à son âge », s’enthousiasme-t-il. Incroyable, effectivement, sa performance de la semaine dernière : pour ses premiers championnats du monde « chez les grands », elle a signé le quatrième meilleur temps des qualifications, sur 200 mètres lancé. Et a accessoirement battu le record du monde Juniors. « Je ne m’attendais pas ça ! Tout me tombe un peu dessus, lâche Mathilde Gros, de retour dans son village de Cornillon-Confoux pour quelques jours. Si, il y a trois ans, on m’avait dit que je serais aux Mondiaux, double championne d’Europe Juniors, avec des records de France… »

Tout est parti d’un watt-bike explosif

Si on lui avait dit ça, elle aurait doucement rigolé, parce qu’il y a trois ans, Mathilde Gros était basketteuse. Un jour, ses entraîneurs du Creps d’Aix-en-Provence lui font travailler l’explosivité sur un watt-bike (un vélo d’appartement amélioré, pour faire simple). Et la jeune fille… explose les compteurs. « Ils ont cru que la machine était défectueuse », se souvient Séverine, sa maman. L’entraîneur du BMX rapplique, hallucine, et envoie la gamine faire des tests à l’INSEP à Paris. Elle revient avec un contrat de six ans. Objectif : les JO 2020.

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Oui oui, vous avez bien lu. A 14 ans, le destin olympique de Mathilde Gros était déjà tracé. « Mais ça n’a pas été facile, hein », reprend Séverine Gros. Comme dans toute belle histoire, comme dans tout conte de fées, il faut un passage à vide. En l’occurrence, les six premiers mois à l’INSEP. Le jour de son arrivée, la jeune fille remplit une fiche de renseignements. Quel est votre palmarès ? « Aucun. » Depuis quand pratiquez vous la discipline ? « Aujourd’hui ».

« Mon père essayait toujours de m’emmener faire du VTT mais je détestais ça. Je trouvais ça pffff… Ennuyeux ! »

Au début, Mathilde Gros enchaîne les chutes. Sa deuxième journée à l’INSEP se termine aux urgences, avec une écharde mal placée - elle trone désormais dans un bocal, dans sa chambre, en porte-bonheur. « Il a quasiment fallu lui apprendre à faire du vélo, raconte son entraîneur Herman Terryn. Elle savait en faire hein… Mais pour aller chercher le pain ! » Et le pire, c’est qu’elle n’aimait pas ça : « Mon père essayait toujours de m’emmener faire du VTT mais je détestais ça. Je trouvais ça pffff… Ennuyeux ! Et ça me faisait mal aux fesses », soupire l’ado.

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Celle qui se fade désormais dix entraînements par semaine y a – heureusement – pris goût : « L’adrénaline de la course est devenue une drogue ! » Celle de la victoire, aussi. « Il faut que je franchisse les paliers, déjà être championne du monde en Juniors, ensuite faire des médailles chez les Elites, et, ensuite, les Jeux. »

Même son coach le dit : c’est une vraie chance de médailles aux JO !

Ha, les Jeux olympiques… On l’imagine déjà avec sa natte blonde, star du cyclisme français aux J.O. de Tokyo, multipliant les médailles et les plateaux télé. Bon, on s’emballe un peu ? On pensait que son coach, Herman Terryn, serait plus raisonnable que nous. Même pas : « Elle a encore des lacunes, mais en trois ans, sa marge de progression est telle qu’elle a de grandes chances d’être très performante aux Jeux. Oui, c’est une chance de médaille pour la France. Après, il y a plein, des cyclistes qui se disent ça, évidemment ! »

Mathilde et ses proches, eux, essayent de rester calmes. Pour son retour dans son village de Cornillon-Confoux, pas de fête pour célébrer ses Mondiaux réussis. « On fêtera ses 18 ans fin avril, mais c’est tout, précise sa mère. Mathilde préfère retrouver son village, sa famille, ses grands-parents. » Des grands-parents que nous avons d’ailleurs dérangés pour caler ce portrait et gratter les 06 de toute la famille. « Vous nous faites un bel article, hein ! », lâche la mamie au téléphone. On a essayé Madame, on a essayé…