Depuis quelques jours, un épais dossier s’est invité sur la table des candidats à l’élection présidentielle. Les opposants à la ligne nouvelle Provence-Côte d’Azur, également connue sous son ancien nom de LGV Paca, leur ont adressé une lettre ouverte pour les inviter à se prononcer sur ce véritable serpent de mer.

Quel est ce projet ?

La ligne nouvelle Provence-Côte d’Azur a pour objectif de créer une nouvelle ligne ferroviaire entre Marseille et Nice, en prolongement de la LGV Méditerranée qui circule actuellement. L’idée conductrice consiste à « désenclaver l’est de la région en le reliant au réseau ferré français à grande vitesse », affirme la préfecture dans son dossier de presse. Objectif : réduire le temps de trajet, notamment en limitant la saturation de certains points de la ligne, comme à Marseille. La construction de nouvelles voies ainsi qu’une gare souterraine à Saint-Charles est ainsi envisagée. « La ligne nouvelle est un enjeu vital pour Provence-Alpes-Côte d’Azur. C’est la condition du désengorgement des transports dans notre région », affirme de son côté la région à 20 Minutes.

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Où en est-il ?

Après d’importantes contestations locales de la part de comités d’opposants comme de conseils municipaux, le projet tel qu’il est envisagé lors de sa naissance au milieu des années 2000 est dans un premier temps remis en cause en 2012 par le gouvernement. Adoptant le nom de ligne nouvelle Provence Alpes, il renaît en 2013, avec l’adoption de trois phases de travaux.

Tout au long de l’année 2016, des concertations publiques sont lancées dans la région. Le public y découvre à cette occasion les différentes options de tracé. En février dernier, le comité de pilotage a validé à l’unanimité « les objectifs présentés par SNCF Réseau ».

Aujourd’hui toutefois, l’avenir du projet reste flou. Ne souhaitant pas communiquer sur le sujet, SNCF Réseau fait simplement savoir qu’elle attend « la décision ministérielle ». Dans le calendrier présenté sur son site, SNCF Réseau prévoit l’ouverture d’une enquête publique courant 2018, avant la réalisation des premiers travaux en 2022. La fin des travaux devrait être réalisée d’ici… 2050. Contacté, le secrétariat aux Transports n’a pour le moment pas donné suite à nos sollicitations.

Pourquoi cette lettre ?

« Dans ce projet, toutes les décisions viennent visiblement du gouvernement », affirme le Varois Didier Cade, membre du collectif Stop LGV. « Les réunions de concertation, en fait, c’est plutôt de l’information du public », regrette son homologue aubagnais Alex Amberto. « La concertation, telle quelle a été organisée sert à notre sens d’alibi à une décision arbitraire », peut-on ainsi lire dans la lettre. « C’est une guerre d’usure des opposants », abonde Didier Cade. « On finance des études pour pouvoir déclarer une enquête d’utilité publique, pour après faire comme avec Notre-Dame-des-Landes et dire : "Regardez l’enquête d’utilité publique !" ». La lettre invite ainsi les candidats à préciser leurs positions sur ce dossier, pour, peut-être, en savoir plus sur l’avenir de ce dossier.

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Que reprochent les opposants à ce projet ?

Alors que le réseau TER Paca est connu pour être particulièrement difficile, avec 20 % de retard notamment, les opposants demandent que la priorité soit donnée à ce réseau, au lieu de mettre l’accent sur le coûteux développement de la LGV. « Le réseau secondaire a besoin d’aménagement. Or là, on fait un investissement massif pour satisfaire 10 % des utilisateurs », déplore Alex Amberto. Et d’ajouter : « Avec l’état de délabrement, il ne faut pas s’étonner d’avoir un deuxième Brétigny ! » L’impact écologique est également dans le viseur des opposants. « On réquisitionne encore des terres agricoles, regrette Didier Cade. On s’étonne d’avoir des inondations, mais les terres agricoles réquisitionnées n’absorbent plus rien ! »

Qui a répondu ?

Et bien, pour le moment… personne. Une vraie déception pour Didier Cade. « On fait ces projets pour donner du travail à des grands groupes comme Vinci ou Saint-Gobain. Et le projet est tellement gros que même les ennemis de la finance ne peuvent pas s’engager ! », avance-t-il.