Crosscall et Wiko: Comment Aix-Marseille est devenue la capitale de la téléphonie mobile française

ECONOMIE Le département accueille deux ovnis du marché qui connaissent une croissance fulgurante...

Mathilde Ceilles

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Cyril Vidal, PDG de Crosscall

Cyril Vidal, PDG de Crosscall — Mathilde Ceilles

Il était une fois… deux Marseillais qui s’étaient plongés, non sans mal, dans l’aventure de l’entreprenariat. Objectif : tenter de conquérir quelques parts de marché dans le secteur de la téléphonie mobile, dominé par de gros mastodontes américain (Apple) et asiatiques (Samsung, LG, Sony, HTC, Huawei...).

Quelques années plus tard, le pari est réussi. Cyril Vidal et Laurent Dahan ont chacun réussi à transformer leurs petites entreprises respectives, qui n’ont visiblement pas connu la crise, en deux marques à la croissance exponentielle. Focus sur ces deux ovnis de la téléphonie mobile.

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Un vrai pari. Créée en 2009 par Cyril Vidal, Crosscall est partie d’une idée simple. Son fondateur, un Marseillais grand amateur de jet-ski, voulait pouvoir emporter avec lui un téléphone ultrarésistant aux chocs, à la poussière et à l’eau. Le concept est à l’époque encore peu développé. Il existe pourtant une demande, entre les professionnels qui travaillent en extérieur, comme ceux du BTP, les sportifs de haut niveau et les particuliers sujets « aux accidents de la vie », comme le souligne avec humour Marion Chaparro, chargée de communication au sein de l’entreprise. Cyril Vidal décide donc de créer Crosscall à Aix-en-Provence. « Au début, c’était pas simple. Je voulais que le projet m’appartienne et ne pas faire appel à un business angel. Il a fallu se battre comme un chien », se souvient-il.

Un discours qui n’est pas sans rappeler les difficultés qu’a rencontrées à ses débuts, en février 2011, le fondateur de Wiko, Laurent Dahan, dont le siège social est à Marseille. « Tout le monde lui disait : "Créer une marque dans la téléphonie mobile, en France, qui plus est à Marseille ? Tu as vraiment aucune chance ! Ça marchera jamais", se souvient Hervé Vaillant, chargé de la communication au sein de la marque. Tout le monde nous prenait pour des fadas ! » A l’époque, l’achat d’un smartphone se fait avec son forfait. Laurent Dahan, lui, a « l’idée un peu dingue de rendre le smartphone accessible », à un prix relativement bas et sans avoir à acheter un forfait. La suite, on la connaît : Free bouleverse le marché, de plus en plus de Français achètent un téléphone sans forfait lié… et Wiko explose.

Une clientèle bien précise. Après quelques années, force est de constater que les deux Marseillais ont réussi leur pari. Avec ses smartphones très résistants, à l’image du dernier modèle, étanche et équipé en leurs cœurs d’une plaque métallique, pour le protéger des chocs, Crosscall séduit. La jeune pousse aixoise est désormais présente dans une dizaine de pays avec 12.000 points de vente, pour des produits allant de 89 à 379 euros.

Sur les quatre dernières années, le chiffre d’affaires de l’entreprise de Cyril Vidal a connu une hausse de 1.987 % (!), celui de Wiko, présent dans plus de 30 pays, de 400 %, plaçant ce dernier devant Apple dans les ventes de smartphones en France. Comment expliquer un tel succès ? Chacune de ces deux pépites des Bouches-du-Rhône a un point commun : celui de s’adresser à une clientèle très précise. « Ce qu’on fait, nous, très peu savent le faire », se félicite Cyril Vidal. Les deux pépites ont d'ailleurs été récemment primées par Deloitte et Google pour leur dynamisme.

Les Bouches-du-Rhône comme atout ? Rester en région Paca alors que les mastodontes du secteur investissent les plus grandes villes du monde ? Le pari est audacieux… mais complètement assumé. Du côté de Wiko, on jure que, pour rien au monde, on ne quitterait la cité phocéenne. « Laurent Dahan est attaché à Marseille, la grande majorité des collaborateurs sont de la région », affirme Hervé Vaillant. Le groupe a créé pas moins de 200 emplois à Marseille, sur les 500 au total. Selon Hervé Vaillant, en restant dans la cité phocéenne, Wiko puise sa croissance dans une « Marseille Touch », « innovante, un peu folle », comme cette campagne de publicité pour un téléphone phosphorescent qui a mené Wiko à distribuer… des préservatifs fluorescents pour promouvoir le produit.

A quelques kilomètres de là, en pleine nature, tout près du centre-ville d’Aix-en-Provence, Cyril Vidal dit avoir fait le bon choix. « On est bien ici, à Paris en quelques heures avec la gare TGV toute proche. Et puis, c’est même un atout : il est plus facile de faire venir des collaborateurs dans le sud de la France ! La vie y est moins chère et la qualité de vie supérieure. »

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Une fabrication qui reste en Chine. Mais les partisans de la relocalisation industrielle verront une ombre à ce tableau. Chez Wiko, filiale de l’entreprise chinoise Tinno, les smartphones sont importés de Chine. Un choix qui permet à l’entreprise de pratiquer « des prix agressifs », selon Henri Vaillant. « Les smartphones sont pensés ici, explique le patron de Crosscall. On a tout à fait la capacité de produire une partie du mobile en France, mais 90 % de la matière première se trouve à l’étranger. Nous avons comme objectif de pouvoir produire une partie de notre smartphone en France d’ici trois ans. »