Marseille: Les poubelles débordent, les commerçants dépriment

GREVE Depuis neuf jours, une grève des éboueurs perturbe le ramassage des déchets à Marseille. Pendant que les détritus s’entassent dans les rues, les négociations sont au point mort…

Adrien Max

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Un tas de déchets dans les rues de Marseille

Un tas de déchets dans les rues de Marseille — BORIS HORVAT / AFP

Difficile de se croiser sur les trottoirs marseillais. Déjà très étroits, depuis neuf jours ils sont jonchés d’énormes tas de détritus qui grossissent à vue d’œil. A l’image des nombreux rats qui viennent s’en délecter.

La raison ? Une grève des éboueurs au centre de la Cabucelle, dans le 15e arrondissement. « Ceux qui ne sont pas grévistes ne peuvent pas travailler car les grévistes les en empêchent », explique Monique Cordier chargée de la propreté et des déchets à la métropole. Si le nombre de grévistes est toujours aussi approximatif, 70 selon les intéressés, moins de 20 selon la métropole, une chose est sûre : les négociations sont au point mort.

Une réunion a bien eu lieu après le dépôt du préavis de grève, mais les « trois heures de réunion entre la direction et les salariés n’ont débouché sur aucune proposition concrète », affirme Dominique Mattari, déléguée syndicale à la métropole.

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74 centimes par dimanche travaillé

Depuis, chaque partie campe sur ses positions. Mécontents de ne pas obtenir gains de causes, les éboueurs ont entamé leur action le 20 mars. Ils souhaitent la fin de la modulation de leur prime en fonction du nombre d’absences - qui n’est pas en place dans d’autres conseils de territoire. L’autre revendication concerne le travail dominical. Les 400 personnes concernées ne touchent que 74 centimes par dimanche travaillé. « Quelqu’un qui normalement ne travaille pas un dimanche serait payé à 200 % s’il venait à travailler ce jour-là, c’est donc totalement injuste pour eux », explique Dominique Mattari.

Pour la métropole, la revendication est tout autre. « Ils ne le disent pas aux médias, mais leur vraie revendication c’est le fini-parti », précise Monique Cordier. Une fois le ramassage terminé, les éboueurs souhaiteraient pouvoir rentrer chez eux. Mais la position de la métropole à ce sujet est claire : « On ne peut pas accepter ça. Il y a eu beaucoup d’abus et c’est la propreté de la ville qui s’en ressentait », met au clair Monique Cordier.

Selon elle, la porte est ouverte pour des discussions, à condition que le travail reprenne. Une harmonisation des conditions de travail pour les éboueurs des différentes zones de la métropole est prévue. D’un point de vue sanitaire, la métropole essaie de faire avec les moyens du bord : « On procède à des roulements pour combler les ramassages manquants, on a 7.200 tonnes de déchets ramassés contre 7.600 en temps normal. »

Des poubelles incendiées

Les 400 tonnes de différences restent dans la rue, ce qui énerve. Alors qu’ils se regroupent de plus en plus en associations pour dynamiser et redorer l’image du centre-ville, cette situation révolte notamment les commerçants. « C’est dégueulasse. J’ai un bus de croisiéristes qui est arrivé pour manger dans mon restaurant. La première chose qu’ils ont vue, c’est les rats », se désole Olivier Karl, restaurateur sur le Vieux-Port.

« Le pire, c’est que les Marseillais ont l’habitude de ce genre de grève. A force, ils vivent avec et la grève n’est même plus efficace. C’est pour les touristes que c’est compliqué », soupire Marie Magnoli, commerçante rue Grignan.

En attendant, des habitants vont jusqu’à incendier des poubelles pour faire fuir les rats.

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