Zak Ostmane dans le bar où il est entré en contact avec ses agresseurs.
Zak Ostmane dans le bar où il est entré en contact avec ses agresseurs. - Mathilde Ceilles

Les hématomes ont presque tous disparu de son visage. Mais la douleur est encore là, vive, et fait mouiller les yeux de Zak Ostmane au fur et à mesure que cet Algérien de 37 ans avance dans son récit.

Il y a une semaine, la vie de ce militant pour les droits LGBT a basculé dans ce bar gay-friendly du centre-ville où il nous donne rendez-vous. Exilé depuis 2014 à Marseille pour échapper au régime de Bouteflika en Algérie, où son militantisme l’avait placé dans le viseur des autorités, Zak raconte l’horreur. Celle de sa soirée du vendredi 3 mars au cours de laquelle, après avoir été, pense-t-il, drogué alors qu’il buvait une bière, il a suivi un homme dans un hôtel, où une autre personne les a rejoints. Il raconte ensuite avoir été battu, séquestré et violé. Une agression qui prend fin le dimanche matin, après que Zak ait aperçu des policiers à la fenêtre de la chambre d’hôtel, et attiré leur attention en criant.

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« Une ville homophobe »

Les deux agresseurs, visiblement deux anciens militaires, ont été arrêtés et emprisonnés. Le parquet a ouvert une information judiciaire notamment pour viol et séquestration et violences aggravées, sans retenir le caractère homophobe du crime, ce que conteste Zak Ostmane. Le 14 mars, SOS Homophobie qui a décidé de soutenir la victime décidera si elle se porte ou non participepartie civile dans ce dossier. Selon Véronique Godet, militante SOS Homophobie en région PACA, ce « caractère homophobe ne fait aucun doute ».

Une semaine après les faits, malgré les cauchemars réguliers qu’il raconte faire la nuit, Zak a décidé de parler. Le militant LGBT dénonce « Marseille, une ville très homophobe et très sexiste ». Aujourd’hui, Zak le confesse : « Je me demande si je ne vais pas quitter Marseille… Mais si je pars, ils auront gagné. ».

« Mare d’être le punching-ball »

En février dernier, l’acteur de Plus belle la Vie Laurent Kerusoré avait confié au magazine Public avoir décidé de ne plus vivre dans la cité phocéenne après avoir été la victime de 13 agressions, notamment au moment du débat autour du Mariage pour tous. « J’en ai marre d’être parfois le punching-ball de la connerie de certains », confiait celui qui joue le rôle de Thomas, le serveur gay du bar du Mistral.

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Zak, lui, raconte avoir déjà été victime d’agressions homophobes, et ce, quelques jours seulement après son arrivée dans la cité phocéenne. « J’étais habillé en débardeur et short. Un homme m’a insulté de «sale pédé». Il m’a dit qu’on ne s’habillait pas comme ça au bled. Mais c’est leur réaction, et pas moi, qui est contre-nature. » Des remarques hostiles que le jeune militant impute au contexte politique. « Marseille est une jolie ville avec des gens accueillants mais la région comprend des groupuscules fachos, affirme-t-il. En Région Paca, regardez le score de Marion Maréchal-Le Pen… C’est choisir le FN, le parti de la haine et de la violence. »

« Pas plus à Marseille qu’ailleurs »

Véronique Godet, de SOS homophobie en région Paca, l’affirme : « Les violences à l’encontre des LGBT sont plus présentes dans les grandes villes, mais pas plus à Marseille qu’ailleurs ». Et de noter une difficulté supplémentaire pour les homosexuels maghrébins, qui sont « dans une situation très compliquée » selon elle.

« Il y a une homophobie ancrée dans la société française. Elle est là, mais pas plus présente en Paca qu’ailleurs et pas plus à Marseille qu’en Paca », abonde Virginie Combe, porte-parole de SOS homophobie. « Ce phénomène a l’air assez diffus. Sur les 750 témoignages collectés en 2016, 66 % relèvent de la gayphobie. Et une agression de ce type sur sept est une agression physique. »

Pas de réaction politique

« Le conteste politique national et international libère les paroles, notamment xénophobes », abonde Alain-Marc Deluy, coprésident d’Idem. Ce collectif local réunit des associations et des membres individuels qui interviennent dans les domaines du militantisme et des cultures LGBT. « Il y a une remontée d’actes homophobes. Depuis la Manif pour tous, le robinet homophobe semble ouvert, et aucune parole politique forte n'a émergé. »

Un constat que partage Zak. « Je lance un cri d’alarme contre l’homophobie. Quand c’est Orlando, évidemment, il y a une réaction… Mais là, aucun haut responsable de l’Etat n’a réagi. On choisit le malheur qu’on défend. Et rien au niveau local. Je témoigne pour ça : Marseille, c’est le Vieux-Port, le Mucem, ok, mais il faut savoir ce qui s’y passe. J’attends du ministère de la Justice et de l’Intérieur qu’ils fassent leur travail. Ma dignité a été souillée par ces deux criminels. On me la rendra par la justice. »

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