Présidentielle: Hamon en meeting à Marseille devant des socialistes en ordre dispersé

POLITIQUE A l'image de ce qui se passe à l'échelle nationale, Benoît Hamon ne fait pas l'unanimité parmi les élus socialistes des Bouches-du-Rhône...

Mathilde Ceilles

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Le candidat à l'élection présidentielle Benoît Hamon

Le candidat à l'élection présidentielle Benoît Hamon — PHILIPPE HUGUEN / AFP

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« Rassemblement derrière Benoît Hamon, cap sur la # Presidentielle2017 », annonce le dernier tweet de la fédération socialiste des Bouches-du-Rhône, le 8 février dernier. Un mois après ce conseil fédéral actant l’unité autour de l’ancien ministre, le candidat du Parti socialiste à la plus haute fonction de l’Etat sera ce mardi en meeting au Parc Chanot à Marseille.

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Mais à quelques heures de l’événement, force est de constater que cette consigne de rassemblement ne semble pas être partagée par tous. Certes, ce soir, de nombreux élus feront le déplacement. Selon les informations de 20 Minutes, le candidat à la présidentielle abordera ses propositions sur la vieillesse, la transition écologique et les services publics devant un parterre de parlementaires du département venus le soutenir, à l’image des députés Henri Jibrayel, Michel Vauzelle ou Marie-Arlette Carlotti.

« Evidemment que je serais présent. Pourquoi cette question absurde ? », s’agace même Patrick Mennucci qui, au moment des primaires socialistes, avait pris la tête du comité politique national de Vincent Peillon. « Le rassemblement est une évidence… ou alors il ne fallait pas faire de primaires ! ».

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« Je suis fidèle au Parti socialiste, abonde Vincent Burroni, le député de la 12e circonscription, qui avait aussi soutenu Vincent Peillon. Je ne suis pas d’accord avec tout ce qu’il a fait, mais l’on doit se rassembler derrière. A quoi ça sert de faire une primaire si c’est pour ne pas en respecter le résultat ? »

La tentation Macron

Mais à y regarder de plus près, le bloc socialiste du département derrière le député des Yvelines comporte quelques fissures. À l’heure où ses lignes sont écrites, seuls trois élus des Bouches-du-Rhône ont parrainé Benoît Hamon, selon la liste mise régulièrement à jour sur le site internet du Conseil constitutionnel.

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Les seuls élus socialistes de cet ancien bastion historique qui ont d’ores et déjà accordé leur parrainage ont décidé de donner un coup de pouce à… Emmanuel Macron. Et ce alors même que Claude Bartolone a déclaré aujourd’hui dans les colonnes du Monde qu’un vote pour l’ancien ministre le « préoccupe tous les jours ». A savoir toutefois : la liste est régulièrement mise à jour, et Marie-Arlette Carlotti a fait savoir dans un tweet qu’elle avait apporté son parrainage à l’ancien ministre de l’Education nationale. Joint par 20 Minutes, Vincent Burroni a également confirmé avoir parrainé le candidat socialiste.

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« Une situation de ouf »

Il faut dire qu’au moment des primaires socialistes, Benoît Hamon n’était pas le favori des élus locaux, comme le rappelle La Provence. Une grande partie des élus marseillais avait apporté leur soutien à Manuel Valls. Chez nos confrères de France Bleu, au lendemain de la victoire de Benoît Hamon, le premier secrétaire de la fédération socialiste des Bouches-du-Rhône Jean-David Ciot avait même évoqué « un droit de retrait » de la campagne présidentielle. Celui qui est également député avait confié préférer se « concentrer sur [sa] campagne des élections législatives ».

Parmi les absents à ce meeting se trouve la maire des 15e et 16e arrondissements de la cité phocéenne, Samia Ghali. L’élue est retenue à Paris, mais elle le confesse : « Si j'avais été sur Marseille, je n’aurais pas été présente. » De ses propres termes, elle vit « une situation de "ouf" (sic) ». La sénatrice des Bouches-du-Rhône ne soutient pas Benoît Hamon, dont les propositions sur la légalisation du cannabis et le revenu universel sont selon elle contraires à son « histoire ». « Je ne vais pas me renier », poursuit-elle. Mais l'élue se dit toujours socialiste. « Ces positions-là, ce ne sont pas celles du Parti socialiste, ce sont celles de Benoît Hamon. Je n’ai jamais débattu de ça au PS », affirme-t-elle. La sénatrice a donc choisi de ne parrainer aucun candidat.

De quoi renouer avec les divisions de naguère ? Depuis plusieurs années, la fédération socialiste des Bouches-du-Rhône doit faire face à des guerres fratricides que les échéances électorales viennent raviver. L’organisation d’une primaire en 2014 avait ainsi accouché de violents déchirements, au point qu’Henri Jibrayel avait confié il y a quelques mois à L’Express : « Nous sommes en ruines ».

Aujourd’hui, Patrick Mennucci est clair. Selon le député, « chacun fait comme il veut ». Et d’ajouter : « Certains devraient être capables de penser à la loyauté. » Ce à quoi Samia Ghali répond : « Je n’ai de leçon à recevoir de personne. ». Une situation qui rend philosophe Vincent Burroni : « Vous savez, j’ai arrêté de rêver qu’à Marseille, tout le monde soit uni… »