Sur son bureau du Rove, petit village de la côte bleue, à 20 kilomètres de Marseille, un vieux bloc-notes et un smartphone qui n’arrête pas de sonner. Pas d’ordinateur ni de dossier. Franky Zapata, se « fait chier en haut ». C’est en bas, dans son petit atelier, qu’il a inventé la machine volante qui cumule des millions de vues sur Youtube :  le Flyboard Air. Avec lequel il tentera samedi 30 avril, de battre un record du monde de distance.

Les locaux de l'entreprise de Franky Zapata au Rove (13)
Les locaux de l'entreprise de Franky Zapata au Rove (13) - CL

Des « idées mégalos »

Une fin en soi, pour les fans deRetour vers le futur. Une étape dans son parcours d’idéaliste acharné. Imaginée avec la même assurance que celle qu’il avait à 15 ans, lorsqu’il quitte l’école, malgré son 12 de moyenne générale. A 37 ans, « j’ai le syndrome de Peter Pan, assume Zapata. J’ai toujours envie de me faire mal avec mes idées mégalos. »

Franky Zapata au Rove (13) le 22 avril 2016
Franky Zapata au Rove (13) le 22 avril 2016 - CL

Après une année « sur Pluton », en maçonnerie, l’adolescent découvre le jet-ski, à 17 ans. Sept titres de champion d’Europe, trois consécrations mondiales plus tard et après 15 ans à dormir dans un camion sur une plage de l’Etang de Berre, le cerveau de Franky mouline. Il crée une coque qui assoit un peu plus sa suprématie, se fait chiper son idée de propulsion par la boîte qui l’emploie. « J’ai toujours dit et les gens ne me croyaient pas à l’époque : si tu peux développer un jet, tu peux développer un skateboard ou un avion. »

« Mes potes ont cru qu’ils m’avaient tué »

En 2011, alors que l’entreprise de jet-ski qu’il a fondé coule, son entourage commence à comprendre. « Je travaillais sur mon jet de course. On voulait trouver un système pour améliorer la propulsion. On a commencé à mesurer. On trouvait des chiffres hallucinants : une tonne de poussée. Je me suis dit, mais on peut voler avec ça ! J’ai soudé des buses à une planche de wake achetée à Décathlon et je suis allé sur l’Etang. Mes potes sont venus pour se foutre de ma gueule. » Franky Zapata vient d’inventer le Flyboard, la planche qui s’élève dans les airs, grâce à un tuyau relié à un jet-ski. La première année de sa commercialisation, en 2012, il engrange 900.000 euros de bénéfices.

Démonstration de Flyboard
Démonstration de Flyboard - Zapata Racing

« Je savais que l’idée à terme, c’était d’enlever le tuyau mais j’osais même pas y penser. Dès que j’ai encaissé mes sous, j’ai voulu essayer. » Avec deux semi-remorques remplis de compresseurs, il emporte son premier prototype au lac de Bellegarde, dans le Gard. « Mes potes ont ouvert les vannes, ils ont cru qu’ils m’avaient tué. Je rebondissais sur l’eau, ça faisait un boucan du diable. Et tout le monde me disait, ok, tu vas en faire quoi ? Mais quand tu fais une machine, c’est comme quand tu fais un enfant. Tu fais pas un gamin en te disant je conçois un chirurgien. Il naît et puis tu l’accompagnes, tu vois ce qu’il devient. »

Une voiture volante

Deux doigts arrachés plus tard (« ma femme a voulu divorcer »), Franky s’enferme dans son atelier pendant quatre mois avec Christian, son mécanicien. Lui a débarqué à ses côtés avec un diplôme de frigoriste. « Il a ce côté fou parce qu’il avance, analyse son partenaire de jeu. Il acceptait les novices, j’avais envie d’apprendre et je trouve qu’il n’y a pas mieux comme travail. » Ensemble, ils ont l’idée d’utiliser des réacteurs de missiles. « Mais on n’arrivait pas à avoir la stabilité, revit Franky. Il fallait construire un logiciel, ça prenait un an, on a mis un mois. Et en mars 2016, on a trouvé le bon calcul. » Deuxième essai, il vole. « J’ai pété un plomb. C’était trop facile, je regardais mes pieds, je regardais l’eau. J’ai oublié le temps ».

De l’autre côté de la caméra, le monde entier plane avec lui. Et certains s’interrogent : pourquoi lui y est arrivé ? « La différence, c’est que nous, on sait voler. Si tu veux développer des baskets et que tu sais pas courir, tu vas être emmerdé. Stabiliser une machine avec des hélices, c’est facile, c’est un drone. Mais si tu fais 80kg, tu voles 3 secondes. Nous, on a cherché une source de puissance thermique capable de pousser et après on l’a équilibrée. »

Franky Zapata lors de son essai du Flyboard Air
Franky Zapata lors de son essai du Flyboard Air - Zapata Racing

Car le but premier de tout ça, c’est le kif. « Faire des backflips, voler à 150km/h ». Mais si le monde réclame de kiffer sans danger avec lui, Franky s’exécute. « Avec la machine qu’on a, on est allé à la limite entre l’intelligence du pilote et celle de la machine. C’est comme si on avait créé une formule 1 et qu’on devait faire une Twingo. »

Dans la foulée de tous ses engins à eau, une moto propulsée en l’air par un jet-ski est en projet pour 2017. « La suite, c’est pas difficile, jette le chef d’entreprise les yeux brillants. On fera avec la moto à eau, ce qu’on a fait avec le Flyboard. Aujourd’hui on a la technologie pour créer ce que le monde entier rêve d’avoir. » Une voiture volante, tout simplement. « Honnêtement, on est aux portes d’y arriver. » Et on se gardera bien d’en douter.

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