Des manifestants du mouvement royaliste Action française à Paris (photo d'illustration).
Des manifestants du mouvement royaliste Action française à Paris (photo d'illustration). - Miguel Medina/AFP

Une trentaine d’associations et de partis politiques de gauche (ATTAC, FSU, PS, PCF…) appellent à manifester samedi dans le centre-ville d’Aix-en-Provence « contre les violences de l’extrême-droite ». Le rassemblement vise en particulier l’Action française, un groupuscule monarchiste de plus en plus remuant à Aix-en-Provence et Marseille.

En septembre, ces activistes, qui se revendiquent du Martégale Charles Maurras, participent à une manifestation devant le conseil régional contre une exposition, qu’aucun d’entre eux n’avait vu, à la Friche de la Belle de Mai. Trois mois plus tard, derrière une banderole « Socialistes assassins », ils interrompent une conférence organisée à Sciences-Po Aix sur le Front national en PACA.

En janvier, c’est au tour du Premier secrétaire fédéral du PS, Jean-David Ciot, d’être pris pour cible. Lors de sa cérémonie des vœux, des royalistes tentent d’entrer dans le théâtre en réclamant à tue-tête sa démission – le socialiste vient d’être relaxé dans l’affaire de son licenciement du conseil départemental. Enfin, en février, c’est la section marseillaise qui perturbe une réunion publique, au siège local des Républicains.

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Pays réel et pays légal

« Nous organisons ces actions pour obtenir un focus médiatique. Ce sont des opérations de com’. Mais c’est aussi un moyen de faire passer notre message politique ». Luc, 24 ans, et Elie, 21 ans, n’ont pas le profil habituel des gros bras crânes rasés de l’extrême-droite française. Attablés à une brasserie du cours Mirabeau, ces étudiants en droit et en économie déroulent un discours structuré et pétri de références historiques et littéraires.

Fils d’agriculteurs, Luc a démarré son engagement politique à Debout la République, le parti de Nicolas Dupont-Aignan (devenu Debout la France). Et puis « au fil des rencontres et des lectures », le jeune homme s’interroge sur la « modernité » et la République « des lumières ». Il en vient à adhérer à la « dichotomie » maurassienne entre « pays réel et pays légal » et au rejet de la République.

Une manifestation de l'Action française (photo d'illustration).
Une manifestation de l'Action française (photo d'illustration). - Mehdi Fedouach

Les faux-semblants politiques

De son côté, Elie vient d’une famille de commerçants. Il dit avoir été proche de « l’obédience communiste » pendant une quinzaine d’années. Puis, du refus du « village mondial » à la « défense du peuple », il est passé progressivement à la défense de la « nation » et de la « patrie » pour finir par la promotion d’une monarchie du style d’ancien régime mais « décentralisée ».

« Je ne me considère pas comme quelqu’un d’extrême droite », se défend Elie. « Quand on a interrompu la conférence à Sciences-Po, on voulait dénoncer la mascarade, les faux-semblants politiques », ajoute Luc. Selon eux, les militants de l’AF ne seraient pas extrémistes. « Mais radicaux oui ». De la même manière, ils ne soutiennent pas l’usage de la violence. « Mais la force oui ».

Dérive ultra-violente

La section aixoise revendique une vingtaine de membres – ils seraient une soixantaine à Marseille. Avec une conception « exigeante » du militantisme : tractage, vente du journal, réunions publiques et sport obligatoire pour tout le monde. « On se voit trois à quatre fois par semaine. Tous nos adhérents sont vraiment militants », déclarent-ils.

« Depuis les dernières élections, ils se sentent pousser des ailes, souffle Jean-David Ciot. On voit une recrudescence de cette mouvance avec ses vieilles habitudes : les invectives et les menaces ». Le député des Bouches-du-Rhône a demandé au ministre de l’Intérieur la dissolution de l’Action française en Provence qui est en train, selon lui, de « dériver vers l’ultra-violence ».

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Du buzz pour exister

A défaut de voir sa demande de dissolution acceptée, il demande aux dirigeants de l’AF, à Paris, « de remettre de l’ordre dans [leurs] rangs ». « Il y a toujours eu un noyau identitaire à Aix-en-Provence avec des gens de l’extrême-droite et des royalistes, notamment à la fac de droit. En revanche, la question de la violence est relativement nouvelle (…). Ils sont là pour en découdre physiquement », insiste-t-il.

Elie et Luc se défendent – évidemment - de toute dérive et assurent vouloir simplement « délivrer un message » et obtenir une « visibilité médiatique ». « On ne perturbe pas pour perturber », assure Luc. En multipliant les coups d’éclats et en recherchant le « buzz », les militants de l’AF usent finalement des mêmes ficelles que les élus du Front national dont ils reconnaissent une « convergence sur certains sujets ». L’action en plus.

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