Ce n'est pas Walter White de Breaking Bad mais Erwann Loret du CNRS.
Ce n'est pas Walter White de Breaking Bad mais Erwann Loret du CNRS. - AFP

Un nouvel espoir est apparu dans la recherche d’un vaccin contre le virus du Sida. Et il vient de Marseille. Le chercheur au CNRS, Erwann Loret, associé à la start-up Biosantech, installée à Sophia-Antipolis (Alpes-Maritimes), ont rendu public mercredi les conclusions de leurs dernières recherches sur un vaccin. Celui-ci est composé notamment d’une molécule capable de neutraliser les défenses des cellules infectées par le VIH.

Après des tests concluants sur des animaux (surtout des macaques), des essais cliniques sur des hommes et des femmes ont été menés pendant deux ans à l’hôpital de la Conception, à Marseille, sous la direction du docteur Isabelle Ravaux. Une cinquantaine de patients ont été sélectionnés et divisés en quatre groupes : trois d’entre eux recevaient des doses différentes du vaccin, tandis que le dernier était placé sous placebo.

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Des gardes-du-corps

En un an, ces personnes ont toutes reçu trois injections à intervalle régulier. Puis, elles ont interrompu la trithérapie qu’elles suivaient pendant deux mois afin de pouvoir observer les effets du vaccin. Résultat douze mois plus tard : neuf patients ont un niveau de cellules infectées « indétectable ». Et trois d’entre eux sont « toujours en ADN viral non-détectable » deux ans après.

« C’est une fabuleuse réussite, s’est enthousiasmé mercredi Corinne Treger, présidente de Biosantech. A ce jour, personne n’a obtenu ce résultat ». Pour en arriver là, Erwann Loret s’est focalisé sur la protéine Tat sécrétée par le VIH. Elle a la particularité de jouer le rôle de garde du corps des cellules infectées par le virus et d’empêcher l’élimination de ces dernières.

Une cellule humaine (en bleu) infectée par le virus du sida (en jaune).
Une cellule humaine (en bleu) infectée par le virus du sida (en jaune). - AP/SIPA

Rester prudent

« La protéine Tat permet au virus d’être tranquille, de ne pas être attaqué par le système immunitaire », résume Erwann Loret. Pour la neutraliser, le scientifique a donc mis au point une molécule, baptisée Tat Oyi - en référence à un patient gabonais atteint du VIH. Selon le chercheur, cette molécule pourrait permettre de « faire gagner 70 ans de trithérapie ».

Pour autant, il est resté prudent quant aux chances d’une guérison définitive : « Nous ne disposons pas d’outils pour déterminer si les cellules infectées ont complètement disparu, a-t-il précisé mercredi. Lorsque le système immunitaire ne repérera plus de cellules infectées, il diminuera d’un facteur 10 le taux d’anticorps. C’est ce qu’on appelle la rétro-séroconversion. C’est ce signal qui permettra de dire que nous avons atteint le stade de la guérison fonctionnelle. Aujourd’hui, aucun de nos patients n’a atteint ce niveau ».

Une AMM en 2018

Les résultats de ces essais seront néanmoins publiés dans quelques jours dans la revue scientifique britannique Retrovirology. Une publication attendue depuis longtemps par Biosantech en proie au scepticisme d’une partie de la communauté scientifique française qui lui reproche de multiplier les effets d'annonce. « Chaque fois qu’on fait une avancée, on nous critique, se plaint Corinne Treger. Nous voulons simplement montrer que ce produit est efficace. Cela fait 25 ans qu’il se trouve dans les tiroirs du CNRS mais aucune entreprise pharmaceutique n’est venue le chercher ».

Biosantech espère que cette publication lui apportera la caution scientifique et la reconnaissance de ses pairs qu'elle attend depuis sept ans. Elle escompte surtout donner un nouvel élan à ses recherches. La présidente de Biosantech a d’ailleurs évoqué un rendez-vous à la Commission européenne, à Bruxelles, pour trouver des financements.

L’entreprise souhaite « passer à une évaluation à grande échelle au cours de l’année 2016 ». Autrement dit, une étude simultanée menée dans plusieurs centres hospitaliers en France et dans le monde. Créée en 2010, la start-up espère être en mesure de solliciter une autorisation de mise sur le marché (AMM) de son vaccin à l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) « dès le second semestre 2018 », selon un communiqué.

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