Illustration d'un œil.
Illustration d'un œil. - Karen Bleier AFP

C’est une nouvelle technique d’écriture prometteuse pour les personnes paralysées. Des chercheurs du laboratoire de psychologie cognitive de l’université Aix-Marseille et de l’institut Helmholtz à l’université d’Utrecht aux Pays-Bas, ont mis au point un procédé basé sur le réflexe pupillaire. La méthode n’exige absolument aucun mouvement.

« La pupille se rétrécit à la lumière et s’élargit dans l’obscurité : c’est le " réflexe pupillaire", explique Sebastiaan Mathôt, chercheur au laboratoire de psychologie cognitive. On dit "écrire avec son esprit" mais on enregistre en fait le mouvement de la pupille ».

Enregistrer les oscillations de la pupille

Partant de ce postulat, l’équipe de chercheurs, qui a récemment publié dans la revue scientifique PloS ONE, place sur un écran d’ordinateur des lettres sur des fonds noirs ou clairs, sombres ou lumineux. Lorsque le cercle autour de la lettre A est noir, celui autour de la lettre B est blanc, et vice versa.

La taille de la pupille oscille en réponse à la lumière : le B est d’abord sur fond blanc donc la pupille va se contracter, puis le B va être mis sur fond noir donc la pupille va se dilater et lorsque le B va devenir à nouveau blanc, la pupille va encore se contracter. En enregistrant le rythme de variation de la taille de la pupille, l’ordinateur sait avec certitude quelle lettre la personne est en train de regarder.

L'« attention périphérique »

« Mais il n’est pas nécessaire de regarder directement la lumière, donc la lettre, pour obtenir ce réflexe. Il suffit de porter son attention sur la lettre et la pupille répond tout de même. On appelle cela " l’attention périphérique". Le réflexe pupillaire est moins fort mais il est toujours présent », précise Sebastiaan Mathôt.

 

La personne voulant écrire n’a donc pas besoin de regarder directement la lettre mais seulement de porter son attention sur elle. De la même façon que lorsque la personne regarde directement la lettre, l’ordinateur enregistre le rythme de variation de la taille de la pupille et comprend ainsi la lettre qu’il doit écrire.

La technique est déclinée avec toutes les lettres de l’alphabet affichées à l’écran. Elles sont regroupées en huit groupes. Les groupes de lettres sont éliminés au fur et à mesure des rythmes de variations de taille de la pupille jusqu’à obtenir seulement une seule lettre : celle que le participant veut utiliser.

« Cette technique va pouvoir être utilisée par beaucoup de personnes »

« Nous avons testé cette technique sur des participants qui n’étaient pas paralysés, nous commençons maintenant les tests avec des personnes paralysées, détaille le chercheur. Cela peut prendre un an. Dans toutes les études, il est démontré que les personnes paralysées arrivent moins à focaliser leur attention. Il y aura des choses à revoir et à ajuster, ça va prendre du temps mais cette technique va pouvoir être utilisée par beaucoup de gens », espère-t-il.

Car il existe déjà une technique d’écriture pour les personnes paralysées. Elle nécessite toutefois l’intervention d’un tiers et l’installation d’un matériel coûteux. Il s’agit de placer des électrodes sur la tête. Elles enregistrent l’activité cérébrale qui réagit en fonction des lettres affichées à l’écran, sur le même principe de luminosité/obscurité.

« C’est plus difficile à utiliser et au fil du temps, les électrodes ne sont pas confortables sur la peau », raconte Sébastian Mathôt. Avec sa technique au coût plus modeste (100 euros le logiciel), le chercheur espère donc bientôt pouvoir toucher un plus grand nombre de personnes.

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