Les championnats du monde d'apnée statique de Mulhouse en 2015
Les championnats du monde d'apnée statique de Mulhouse en 2015 - SEBASTIEN BOZON / AFP

Ce dimanche, se déroule à La Ciotat (Bouches-du-Rhône), la Coupe de France d’apnée en piscine. A cette occasion, 20 Minutes a demandé à cinq apnéistes français, ce qui leur passe par la tête quand ils sont sous l’eau pendant de très longues minutes.

Morgan Bourch’is, record à 90 mètres en poids constant, Marseille : « Je vois la corde qui serpente devant moi »
« Les modifications physiologiques ressenties lors de la descente, mettent le corps dans un état second. On navigue un peu ailleurs tout en étant très concentré sur son corps, sur le mouvement assez puissant au départ quand on flotte, ou la compensation des tympans. La narcose (troubles de la perception en profondeur) commence vers 80 mètres et vous suit tout au long de la remontée. On peut avoir des hallucinations, certains ont des pensées morbides. Je me souviens d’une descente où j’entendais le bruit des ferrys en partance du port de Marseille, de manière déformé : strident, coupant. Une autre fois je voyais la corde à laquelle je suis relié serpenter devant moi. Ça m’a fait sourire, il faut se répéter que ce n’est pas réel. »

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Jérôme Chapelle, apnée statique, record à 7'28'', Lyon : « Je glisse en ski de fond »
« D’abord je fais le check-up de toutes les parties de mon corps, je les relâche une par une en partant des pieds pendant trois minutes. Vers quatre minutes, j’ai envie de respirer. J’essaie de partir, j’essaie de tromper mon cerveau. Je m’imagine en train de glisser en ski de fond, sur un trajet que je connais. Mais si on revit toujours le même parcours, c’est comme si on avait une montre. Je sais qu’après tel virage, j’ai envie de respirer. Du coup je mixe plusieurs pistes. Je coupe à droite et je me retrouve sur un autre chemin. J’arrive à voir tous les détails, à sentir la chaleur du soleil quand je passe d’une zone ombragée à un endroit ensoleillé. »

Anne Maury, apnée dynamique (longueurs en piscine avec ou sans palmes), record à 158 mètres, Nice : « J’ai des dauphins autour de moi »
« Au début je fais le vide dans ma tête, jusqu’à ne plus ressentir l’eau autour de mon corps. Avant de ressentir des difficultés, j’ai besoin de penser à des choses agréables. J’imagine que j’ai des dauphins autour de moi ou je me revois faire de la plongée sur un tombant. Quand les spasmes arrivent, je me reconnecte avec mon cerveau, pour arriver à m’écouter et ne pas faire de syncope. »

Régis Scarone, apnée statique, record à 8'08'', Hyères : « Je vois un poisson qui ne s’approche jamais »
« Il faut tout positiver, se répéter qu’on est détendu et que les contractions sont normales. Quand on commence à souffrir, qu’on a les yeux fermés, il ne faut plus voir le noir qu’il y a devant. Moi à ce moment-là, je vois un denti [poisson méditerranéen], j’attends qu’il vienne vers moi mais il ne s’approche jamais. Je ne sais même pas où je suis, à part que je suis dans la mer. Quand je ne vois pas le poisson, c'est que je ne suis pas super bien. »

Audrey Palma, apnée statique, record à 6'33'', Montpellier : « J’essaie de m’endormir »
« Je cherche à atteindre un état de conscience modifiée, comme une méditation sous l’eau. Moins on pense, moins on consomme d’oxygène. L’objectif dans les premières minutes est de s’endormir. Je ferme les yeux le plus longtemps possible. Pour faire passer le temps, je peux me concentrer sur une couleur ou me réciter un poème. Quand le corps vous envoie des signaux pour reprendre de l’air [envie d’avaler sa salive, contraction du diaphragme], on cherche à se relâcher puis on surveille son autonomie, en écoutant son coach. »

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