Une école à Marseille (phot d'illustration)
Une école à Marseille (phot d'illustration) - Amandine Rancoule / 20 Minutes

Pendant que la mairie tente d’éteindre l’incendie sur l’état de délabrement de certaines écoles, le Mouvement départemental des parents d’élèves (MPE 13) a mené sa propre enquête sur l’état des écoles marseillaises. « Nous voulons répondre au dédain de la mairie qui assurait que cela ne concernait que deux ou trois écoles, raconte Séverine Gil, présidente de MPE 13. C’est faux évidemment, c’est beaucoup plus que cela. C’est un mensonge municipal ».

Après l’intervention de Najat Vallaud-Belkacem demandant au préfet des Bouches-du-Rhône d’intervenir, l’association a lancé un appel à témoignage en mettant en ligne un questionnaire adressé à ses adhérents et à tous les parents d’élèves. Elle dit avoir recueilli plus de 250 témoignages de 143 établissements différents, en seulement 48 heures. Le tableau dressé est édifiant.

De l’amiante et des fenêtres qui ne ferment pas

Selon les témoignages reçus, 23 écoles auraient fait l’objet d’un diagnostic amiante positif. Il y a deux semaines, Charlotte Magri, enseignante dans les quartiers Nord, avait mis le feu aux poudres en dénonçant justement la présence d’amiante dans son établissement, le groupe scolaire Jean Perrin. Les écoles des Chartreux (4e), Valbarelle (11e) ou encore des Trois Lucs (12e) auraient eux aussi de l’amiante dans le sol, « recouvert par un revêtement en mauvais état », précise le MPE 13.

Les témoignages recueillis par MPE 13 font état également de « problèmes électriques » dans certains établissements, mais aussi, plus basiques, de fenêtres. Dans les maternelles Bergers (6e) et Bouge (13e), par exemple, celles-ci « sont remplacées par du contreplaqué ou condamnées ». Plus de 40 écoles signalent des fenêtres bloquées ou mal montées : soit elles ne se ferment pas, comme à la maternelle Saint Thys (10e) ou Malpassé Olivier (13e), soit elles n’ouvrent pas comme à Ruffi (2e).

>> A lire ici : Une enseignante des quartiers Nord dénonce la présence d’amiante dans son école

Des frigos et des étuves

Dans sa lettre ouverte à la ministre de l’Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, Charlotte Magri faisait état de problèmes de chauffage. « Pendant plusieurs jours, il ne faisait pas plus de 13 degrés dans la classe. Certains élèves avaient même les lèvres bleues à cause du froid », expliquait-elle. L’enquête de MPE 13 le confirme puisqu’elle a recensé 70 écoles où il fait froid régulièrement, avec « des températures inférieures à 15 °C », comme à Korsec (1er), Loubière (5e) ou Mazargues (9e).

 

« Par endroits, les enseignants installent des chauffages d’appoint », selon l’association. Dans d’autres, « les enfants doivent garder leurs manteaux ». A l’inverse, quand l’été arrive, les températures deviennent trop élevées. « Beaucoup d’écoles ayant des parties vitrées exposées plein sud connaissent ce problème car elles n’ont ni auvent, ni rideau, ni store, ni climatisation ». Les écoles en préfabriqué, comme celles de Frais Vallon (13e) ou de Massena (3e), « deviennent des étuves au printemps ».

Des rats mais pas de papier toilette

Les témoignages recueillis par l’association font aussi état de la présence de rats dans « au moins 40 écoles », et de cafards dans 30 autres. Une quinzaine d’établissements connaîtraient des « problèmes d’infiltrations et d’humidité. Une vingtaine d’autres auraient des « fuites au niveau des sanitaires ».

Plus de 70 d’entre elles manqueraient même de papier toilette. L’adjointe au maire chargée des écoles, Danielle Casanova, avait pourtant déclaré vendredi : « On dépense 700 000 euros par an en papier hygiénique. On en livre des mètres et des mètres, de quoi faire trois fois le tour du monde »…

 

Face à cette situation, Jean-Claude Gaudin a annoncé que la ville était prête à faire un « effort » pour réaliser des travaux. « L’Etat a décidé d’allouer trois millions d’euros au titre du soutien au temps d’activité périscolaire. Si cette décision est confirmée, nous ferons un effort équivalent pour des travaux supplémentaires liés aux demandes d’urgence », a-t-il déclaré lors du conseil municipal précisant ensuite que « si l’effort de l’Etat est répété pendant trois ans, l’effort de la ville le sera aussi ».

>> A lire ici : Une « polémique intolérable », selon la ville

Le parcours du combattant

Ce déblocage de crédits ne convainc pas pourtant Séverine Gil : « Cet argent va peut-être améliorer la situation dans quelques écoles mais ça ne réglera pas le problème de fond », explique-t-elle. La solution passerait, selon elle, par une décentralisation de la gestion des écoles au niveau des mairies de secteur « parce qu’elles ont l’expertise », et surtout par un suivi plus rigoureux des travaux d’entretien.

« Il faut arrêter de payer les entreprises qui font mal leur boulot, peste-t-elle. A chaque fois, les travaux sont réalisés pendant les vacances. Du coup, les directeurs découvrent ce qui a été fait, ou pas, à la rentrée. Et si ça a été mal fait alors là, c’est le parcours du combattant qui commence… »

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