Le projet Stratobus de Thales.
Le projet Stratobus de Thales. - Thales

Une nouvelle industrie aéronautique est en train de naître dans les Bouches-du-Rhône. Aux côtés du géant Airbus Helicopters, qui emploie 8.600 personnes à Marignane, le pôle de compétitivité Safe (ex-Pégase) est en train de constituer une nouvelle filière dans le département, celle des ballons dirigeables.

Ce programme a été choisi par le gouvernement pour faire partie des « Plans de la nouvelle France industrielle » lancée en mai 2015 par le ministre de l’Economie, Emmanuel Macron. Selon les études de marchés menées par les professionnels, la filière pourrait créer environ 3.000 emplois et rapporter un milliard d’euros d’ici dix ans.

Pas une goutte de prétrole

En attendant, le pôle Safe est chargé de structurer cette filière. Elle a déjà trouvé un lieu de travail à Istres : l’Airship Village qui est en fait un immense hangar de 300 mètres de long que la communauté d’agglomération Ouest-Provence a racheté au groupe Dassault. Quatre entreprises ou groupements ont été choisis pour y concevoir et assembler leurs futurs appareils.

Il y a d’abord le projet Stratobus porté par une filiale du groupe Thales. Son objectif est de créer des ballons capables de rester « de rester stationnaire à une altitude de vingt kilomètres et d’assurer des missions permanentes d’observation et de télécommunication ». Le tout sans consommer une goutte de pétrole puisque l’appareil fonctionnera à l’énergie solaire.

Ça envoie du bois

Second projet : le Dirigeable charge lourde (DCL) porté par la PME Flying Whales associé à l’avionneur chinois AVIC. Ensemble, ils veulent construire des « rigides » capables de transporter 60 tonnes de fret en soute à une vitesse de croisière de 100 km/h. L’Office nationales des forêts (ONF) s’est déjà montré intéressée par ce projet pour transporter du bois.

Le projet DCL de Flying Whales - Flying Whales

L’entreprise Airstar propose, de son côté, de construire un dirigeable « filoguidé » : l’Aerolifter. Deux versions de cet appareil ont été imaginées pour transporter des charges de deux ou quatre tonnes sur de petites distances – environ 2 km. A la différence de leurs voisins, ils resteront reliés au sol par un câble.

Vitesse de croisière

Enfin, dernier projet retenu par le pôle Safe : l’AN-2000 de l’entreprise A-NSE qui veut développer une machine pour le marché de la sécurité et de la surveillance (avec radars et caméras embarqués) capable également de transporter du fret, entre 8 et 12 tonnes. A une vitesse de croisière d’environ 130 km/h.

Les premières équipes du Stratobus et de l’Aerolifter devraient s’installer à Istres en février. Ceux de Flying Whales d’ici deux ou trois mois et enfin, ceux d’A-NSE à la fin de l’année. Les premiers dirigeables devaient décoller d’ici 2020, selon Alain Sauvage, directeur du programme à Safe. A terme, une cinquantaine d’appareils par an pourraient être produits à Istres.

A lire ici : Airbus Helicopters présente le H160

Le Hindenburg en mémoire

« Les dirigeables consomment dix fois moins qu’un avion et 20 fois moins qu’un hélicoptère pour la même charge et la même distance, assure Alain Soulage. Et ils ont un rayon d’action beaucoup plus important que celui des hélicos. Et puis, ils n’ont pas besoin de piste pour décoller ou atterrir. Quand on voit comment c’est compliqué aujourd’hui de construire une piste d’aéroport en France… »

Les dirigeables ont aussi quelques inconvénients : ils sont beaucoup moins rapides que l’avion et l’hélicoptère, et ne peuvent pas voler en cas d’orage ou de vents violents. Surtout, ils doivent faire face aux préjugés, et à l’histoire. Tout le monde garde en mémoire la catastrophe du Hindenburg, un zeppelin allemand qui s’est écrasé en 1937 faisant 35 morts.

Le dirigeable, c’est bobo

« A l’époque, les appareils étaient remplis d’hydrogène, un gaz inflammable, précise Alain Soulage. Aujourd’hui, ils sont gonflés à l’hélium, un gaz qui ne brûle pas ». Pour beaucoup, ce crash filmé en direct a signifié la fin de l’ère des zeppelins. Mais pour le directeur du programme Safe, c’est surtout la seconde guerre mondiale qui lui a porté un coup fatal.

« Dans un tel contexte, l’avion, qui est beaucoup plus rapide, l’a évidemment surpassé. Mais le paradigme a changé et on revisite aujourd’hui cette solution, explique-t-il. Désormais, le dirigeable est un projet écologique au sens large, capable d’avoir un très bon bilan économique mais aussi de répondre aux nouvelles attentes sociétales ».

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